Shining Resonance Refrain – Remake courageux d’un RPG un peu bancal

Passée entre les mains de divers développeurs et avare de titres marquants depuis plus de dix ans, la série de JRPG Shining n’avait plus donné de véritable signe de vie depuis la sortie en 2014 du très oublié (et jamais sorti du Japon) Shining Resonance, sur une PS3 déjà en fin de cycle. C’est un portage revu et augmenté de ce titre, mélangeant jeu de rôle à la Tales of et Visual Novel de drague, que le développeur Media.Vision, connu favorablement pour Wild Arms et un peu moins favorablement Valkyria Revolution, sort cet été sur quasiment toutes les plates-formes. Dans une version anglaise qui s’adresse donc naturellement à un public plus large que la première version du jeu.

En charge de la franchise Shining pour le compte de Sega depuis un peu plus de cinq ans, Media.Vision n’a pas, jusque là, livré d’épisode véritablement marquant d’une saga qui a eu ses heures de gloire dans la première moitié des années 90. Néanmoins, Shining Resonance avait été bien accueilli au Japon, et il n’est pas illogique que dans un contexte de très bonne santé du JRPG à l’étranger, cette version enrichie parvienne sous nos latitudes en cette calme période estivale propice aux fonds de tiroir. Bien moins ambitieux que d’autres jeux de rôle japonais sortis depuis un an à commencer par Ni no Kuni II et Octopath Traveler, Shining Resonance Refrain possède une philosophie très différente, et fourmille d’idées. Hélas, quelques petits soucis viennent vite ternir l’expérience.

Et on dirait que je serais un Dragon

Shining Resonance Refrain a bien un scénario, mais dire que celui-ci est au cœur du propos serait pure menterie. Dans un monde de fantasy générique peuplé de bellâtres et de guerrières à grosses poitrines, il y est vaguement question de résurrection de diverses divinités maléfiques, d’une guerre éternelle entre les gentils (vous) et les méchants (ils sont habillés en noir et rient comme Gargamel), et de Dragons enfermés dans des gens. Vous y incarnez un type niais et peu expressif, au visage finement taillé dans un générateur de frontman de leader de Boy’s Band Tokyoïte, qui a la malchance de devoir partager son enveloppe corporelle avec le Dragon Millénaire Irvan. Capturé par les méchants très méchants et libéré au début du jeu par la Princesse Sonia Blanche, notre brave héros se retrouvera vite propulsé à Astoria, la capitale des gentils très gentils, et en bons héros de JRPG, ils se retrouveront assignés à faire tout un tas de commissions pour les locaux, au risque de ne faire avancer la trame principale du jeu qu’une fois toute les quatre ou cinq heures.

Plat comme une limande passée au fer à repasser, le scénario de Shining Resonance est quasiment au niveau de celui d’un Atelier ou d’un Neptunia : simple prétexte à vous faire faire des trucs de plus en plus difficiles dans les alentours du hub central, il se suit sans déplaisir, mais sans intérêt non plus. Cependant, c’est ici loin d’être un problème : ce n’est pas tant son scénario mais ses à-côtés qui sont au cœur de Shining Resonance Refrain. La principale particularité de ce jeu face à ses concurrents est en effet de se présenter de manière quasi transparente comme un Visual Novel de Drague. Ce qui est attendu de vous ici n’est pas tant de vous faire une réputation en tant que tueur de gobelins et massacreur de vils sorciers, mais de vous faire apprécier des différents membres de votre équipe, et de s’assurer que tout le monde veut vous pécho.

Draguons !

Force est de constater que la sauce prend assez rapidement. En appliquant un système de « trait » à vos personnages en fonction de leurs actions (par exemple « courageux » si vous menez à bien une quête avec un gros boss à trucider), vous pourrez  modifier la fiche de vos différents camarades pour optimiser leurs affinités. De même, en discutant avec les différents équipiers et PNJ entre les missions, vous ferez avancer leurs histoires, et débloquerez leurs prochaines tranches d’affection à votre encontre. On regrettera cependant un défaut un peu trop fréquent dans ce type de jeu : des tombereaux de texte, et pas grand chose de très palpitant qui en ressort. Chaque mini-dialogue tire à la ligne, chaque gag est étalé longuement, on a l’impression que chaque cinématique aurait pu durer cinq fois moins longtemps et raconter la même chose. Le charisme inexistant du héros n’aide pas vraiment à adhérer à l’ensemble. Mais ne boudons pas notre plaisir : cette mécanique de drague et d’affinités fonctionne, et est un moteur suffisant pour faire défiler missions et défis.

Bonjour je suis de la PS3 moche dans ta PS4 du futur.

A l’image de sa proposition centrale, plutôt originale, Shining Resonance Refrain multiplie les petites idées intéressantes. Le système de quête présente des objectifs variés et une gestion assez instinctive, les combats, largement inspirés des actions-RPG Tales of, parviennent à maintenir un juste équilibre entre action et réflexion, et l’exploration réserve quelques bonnes surprises. Tout ceci est cependant alourdi par quelques difficultés récurrentes, qui finissent, heures après heures, par faire grincer les dents de plus en plus fort.

Shining resonance refrain moche
Attendez-vous a bien des allers-retours inutiles avec une interface pas ouf.

Issu d’une génération où les JRPG étaient quasiment systématiquement synonymes de « moche à pleurer », le titre de Media.Visions ne fait pas vraiment exception à la règle. Avec ses couleurs criardes, sa direction artistique de fantasy générée aléatoirement, son chara design passe-partout (malgré le bon travail du fameux Tony Taka bien connu des petit.e.s fripon.e.s que vous êtes), son OST qui oscille entre le passe-partout et le carrément plombant, Shining Resonance traîne un certain nombre de boulets techniques à son pied. Même sur Switch, le jeu semble laid et générique, très en deçà de ce qu’on peut attendre d’un jeu 3D en 2018. Il est dommage que le portage n’ait pas bénéficié d’un véritable retravail graphique à l’occasion de son arrivée sur la génération de consoles actuelles.

De plus, l’expérience est fréquemment gâchée par des problèmes d’interface très irritants. J’ai rarement vu des menus si balourds, si mal pensés, impliquant autant d’allers et retours pour obtenir une information simple. Jusqu’à la minimap et au système de sélection des objectifs, tout semble avoir été pensé pour être désagréable et surcharger l’écran principal d’informations inutiles, quand les informations importantes semblent planquées loin au fond de sous-menus.

Shining resonance Refrain tony taka
Le chara design parfois inspiré de Tony Taka sauve le jeu de sa laideur congénitale.

Ajoutons enfin que les ajouts exclusifs à cette version se cantonnent à peu de choses près à l’ajout d’un mode « what if » qui imagine ce qui se passerait si les méchants rejoignaient votre équipe. Une idée assez originale sur le papier, qui tombe en morceau quand on réalise au bout de quelques heures que le scénario n’a pas vraiment été réécrit en conséquence, se contentant de pimenter un peu la partie « drague » du jeu, et de créer des incohérences dans l’histoire principale (des personnages s’affrontant eux-même sans aucune explication).

Quelque part entre « c’est ok » et « j’en peux plus »

Il va de soi que la cible principale de Shining Resonance Refrain n’est pas le joueur occasionnel ni le fan nostalgique de Shining The Holy Ark sur Saturn, mais plutôt l’Otaku fan de JRPG typé manga de 2018. En cela, le titre édité par SEGA coche toutes les cases : un casting riche et une histoire longue, de la romance, un système de jeu efficace, un hub plutôt vivant, et un chara design vaguement coquin tout en restant résolument innocent. Est-ce à dire que Shining Resonance Refrain fait un job correct ? Certes oui, mais c’est un peu court.

Mon principale reproche à son encontre tient au fait que ce que Shining resonance Refrain fait bien, il ne le fait pas très bien, mais que ce qu’il fait mal (graphisme, interface, problème de structure narrative en allers-retours pénibles), il le fait plutôt très mal. les bons moments passés avec ce jeu sont nombreux, mais beaucoup moins que ceux où j’étais en train de déplorer l’inutile complexité des menus, les défauts d’affichage de la mini-map, ou des textures semblant tout droit sorties d’un mauvais mobage.

Il est tout à fait possible que ce jeu vous parle, à vous le grand fan de JRPG qui ne peut pas se résoudre à passer un été sans rien d’autre à se mettre sous la dent. Mais dans une année qui compte déjà Monster Hunter World, YS VIII sur Switch, l’édition royale de FFXV, Radiant Historia Perfect Chronology sur 3DS et Ni no Kuni II, et qui s’apprête à accueillir Dragon Quest XI et Valkyria Chronicles IV, Shining Resonance Refrain semble, sinon raté, au minimum insignifiant. Loin d’être honteux : juste pas vraiment au niveau d’un gros jeu vendu une cinquantaine d’euros en 2018. A vous de voir si, ces mises en garde prises en compte, vous souhaitez tout de même tenter l’aventure.

Shining Resonance Refrain baston
Le système de combat est, ô surprise, plutôt très réussi

Portage d’un jeu PS3, presque davantage un jeu de drague et de gestion d’affinités qu’un action-RPG, Shining Resonance Refrain est un titre pétri de bonnes idées, mais plombé par des problèmes structurels lourds, assez fréquents dans les jeux de cette génération. Assez moche, parfois pénible, livré avec un mode bonus qui créé plus de confusion narrative qu’autre chose, le titre de Media.Vision est un jeu qu’il est difficile de conseiller, à moins que vous soyez véritablement mordu du genre. On souhaite à la jadis prestigieuse franchise des Shining un avenir légèrement plus radieux, même si les derniers projets en date ne sont « que » de simples jeux de baston.

 

 

Le Bon

Il était jusque là inédit en occident

Plein de bonnes idées

L'aspect Visual Novel, intéressant

Combats funs et instinctifs

Le chara design de Tony Taka qui fait toujours plaisir

Le Pas Bon

Globalement assez moche, même pour de la PS3

Interface hideuse

Dialogues poussifs

Problèmes d'allers-retours incessants

Le mode Refrain, du pur fan service incohérent et sans intérêt

zalifalcam
zalifalcam

J'aime les jeux double A, les walking simulateurs prétentieux et les JRPG, et plutôt que de me soigner, j'écris à leur propos.

Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas rendue publique.