Persona 5 Strikers m’a fait réaliser ma lassitude vis-à-vis des (bonnes) suites inutiles

Voilà quelques semaines que j’ai reçu Persona 5 Strikers, dans une version PC assez buggée (préférez une version console si vous pouvez, ou attendez un peu) qui ne m’a pas empêché de passer un excellent moment. Beaucoup de critiques, tests, reviews et autres articles analytiques ont d’ores et déjà été écrits sur ce jeu par toutes les rédactions de France et de Navarre, grâce à un envoi particulièrement précoce par les distributeurs. Je pourrais vous détailler tout ce qui fait de Persona 5 Strikers un excellent jeu, une excellente suite, et probablement le meilleur musou jamais sorti par Koei Tecmo, en charge du développement du titre. Oui, bien meilleur encore qu’Hyrule Warriors : L’Ère du Fléau, qui était déjà excellent. Et pourtant, outre les retours Windows intempestifs ayant émaillé mon expérience, j’ai quand même un sentiment assez mitigé sur un aspect précis du jeu : c’est une suite dispensable. Et ça ne m’aurait pas spécialement ennuyé si ce n’était qu’un cas isolé et pas un sentiment que je ressens de manière aussi fréquente quand je m’attaque à la suite d’un jeu. Attention, de légers spoilers du scénario de Persona 5 et de Persona 5 Royal sont présents dans les paragraphes ci-dessous.

Atlus et les photocopieuses haute performance

Bien entendu, Atlus n’a jamais fait mystère de sa capacité à traire ses licences les plus populaires jusqu’à ce que ça devienne du lait caillé : Persona 3 décliné en films puis en jeu de danse, Persona 4 ressorti en version Golden et décliné en jeu de baston (DEUX FOIS) et en jeu de danse, Shin Megami Tensei doté d’une suite en forme de scénario alternatif, Persona Q, Persona Q2, des séries animées, des mangas… Rares sont les jeux de la franchise à n’avoir pas eu leurs spin-offs, réécritures, suites et réinterprétations. Dans le cas de Persona 5, nous avons déjà eu droit en moins de cinq ans à une série et un film animé, un jeu de rythme et une version revue et augmentée du jeu d’origine, l’excellent Persona 5 Royal qui ajoutait une trentaine d’heures à un jeu qui en durait déjà une bonne centaine.

Et voilà donc qu’arrive ce Persona 5 Strikers, développé en parallèle de Royal, qui imagine la suite des aventures rocambolesques des Voleurs Fantômes, confrontés à une nouvelle épidémie de crimes mystérieux se déroulant aux quatre coins d’une version inversée du Japon. Deux nouveaux personnages jouables, et un périple sous forme de road trip aux quatre coins de l’archipel plus loin, on referme un jeu bavard, plaisant, nerveux, qui apporte pour la troisième fois (en comptant la fin de Royal) une conclusion satisfaisante aux aventures de notre groupe de jeunes rebelles. Fin, beau, varié, et poursuivant la radioscopie subtile d’un Japon en pleine crise d’identité, Persona 5 Strikers a de toute évidence été conçu avec un soin et un souci du détail rare pour un jeu du genre. Et pourtant, tout cela m’a semblé un peu vain. Parce que Persona 5 Strikers, aussi finement conçu qu’il puisse être, est symptomatique de ces excellentes œuvres vidéoludiques dont une suite n’est pas forcément essentielle, sinon inutile.

Une suite, d’accord, mais pour dire quoi ?

Je n’ai évidemment rien contre le concept de suite vidéoludique, position qu’il me serait difficile de tenir quand je cite régulièrement Suikoden, Disgaea et Yakuza comme mes franchises préférées. Je vois cependant une différence entre les épopées imaginées comme une unité narrative conçue de longue date (c’est le cas des trois premiers épisodes de Yakuza, par exemple, qui forment une unité narrative très cohérente), les suites qui peuvent se déguster comme autant d’épisodes assez indépendants les uns des autres (mettons, la série Ys dont je vous parlais récemment) et les initiatives comme ce Persona 5 Strikers, qui a visiblement été imaginé complètement à rebours de ces démarches. Persona 5 a été un succès, que dis-je, un triomphe commercial comme un JRPG en connait rarement hors du dyptique Final Fantasy / Dragon Quest. C’est visiblement à l’aune de ce succès qu’Atlus a décidé d’écrire une suite au canon narratif mis en place en 2016. Le jeu a eu un succès international, alors autant imaginer un nouvel épisode, on prend les mêmes et on recommence à peu près pareil, en nous présentant une suite d’antagonistes aux désirs pervertis dont il va falloir purifier le subconscient.

« Et soudain euh alors nos amis se retrouvent pour de nouvelles aventures » : la franchise Persona nous avait déjà fait le coup un certain nombre de fois.

Le problème, c’est que le scénario de Persona 5 ne se prêtait pas très bien à ce genre de pirouettes : que ce soit la fin du jeu original ou celle de Persona 5 Royal, on terminait le jeu en collant une raclée monumentale à un Dieu (deux, dans le cas de Royal), sur fond de combat céleste et de robots géants. Difficile de faire plus conclusif que le relatif retour à la normale qui suivait ces combats, par ailleurs un peu plus amer dans la version Royal qui n’est pas prise en considération dans Persona 5 Strikers. En raccordant quelques bouts de ficelle et en ignorant quelques détails de l’intrigue originale, le jeu de Koei Tecmo livre une histoire honnête, mais qui ne peut pas vraiment faire remonter le souffle aux niveaux atteints par l’expérience originale, pensée comme une rampe ascendante se concluant par un événement quasi apocalyptique. Une fois qu’on a fait ça, difficile de nous faire pleinement adhérer à la petite histoire de « Et au fait, trois mois plus tard nos amis se retrouvent pour de nouvelles bagarres ». Encore une fois : le résultat est plaisant. Mais un peu vain. Et ce n’est pas la première fois que j’ai cette impression.

Est-ce que toutes les bonnes choses doivent être étirées à l’infini ?

Je pense que la première fois où j’ai eu l’impression de me trouver en train de m’ennuyer confortablement dans un jeu inutile, c’était lorsque j’ai découvert Final Fantasy IV : The After Years, la suite officielle du jeu sorti en 1991, parue en 2008, et qui narrait les aventures de la génération suivant celle des aventuriers de FFIV. Plus proche de nous, j’ai pu ressentir des sentiments similaires sur Max Payne 3, Mass Effect Andromeda (je vous rappelle que j’y ai joué après ses un million de patchs et qu’il était donc tout à fait correct) ou encore The Evil Within 2. J’ai eu beau apprécier ces jeux, parfois même les trouver supérieurs en tout point à leurs prédécesseurs, et dans le cas de The Evil Within 2 c’était pas difficile, j’ai eu du mal à me départir de l’idée que ces jeux n’avaient pas forcément grand chose à me dire. Qu’ils étaient davantage là pour être là que pour poursuivre une histoire déjà finie et emballée. Quand il s’agit d’un DLC, j’ai tendance à trouver cela presque normal : les DLC de Control, des derniers Fire Emblem ou de Zelda Breath of the Wild, par exemple, m’ont souvent semblé être des monceaux de trucs un peu inutiles placés là uniquement pour que les fans puissent en reprendre une bouchée, nonobstant leurs qualités. Quand il s’agit d’une suite à part entière, un sentiment un peu plus mitigé m’envahit.

Mass Effect Andromeda (si on met de côté ses problèmes techniques) était l’archétype de l’extension correcte mais pas forcément nécessaire à une histoire « finie ».

Alors bien entendu que tout n’a pas besoin d’avoir un but. Et même qu’une suite un peu passe-partout peut complètement rattraper l’expérience calamiteuse d’un début de franchise, coucou Watch Dogs 2. Et bien entendu que je préfère toujours un Persona qui livre une ou deux suites de qualité à ses jeux avant de passer à la suite qu’un système à la Assassin’s Creed dans lequel les gameplays et les univers sont si similaires et interchangeables que le concept même de suite semble se diluer dans un océan de conformisme. Mais parfois je me dis que certaines histoires n’ont tout simplement pas besoin de suite. Qu’elles constituent un ensemble cohérent à part entière et que tout ajout oscille quelque part entre la boursouflure et la fanfiction maladroite. Et je me prends à avoir de l’appréhension à l’annonce de l’arrivée de suites de jeux dont je trouvais la conclusion parfaitement satisfaisante, comme cela sera prochainement le cas pour Horizon Zero Dawn.

Tout cela pour dire que si je ne peux que vous recommander l’achat (pas sur PC tant que le jeu n’aura pas été sacrément patché, au risque de me répéter) de Persona 5 Strikers, qui est à mon sens un des incontournables du jeu d’action de ce début d’année, il serait de bon ton qu’Atlus en termine avec les aventures de Joker, Morgana, Oracle et les autres et les laisse vivre leur vie dans nos souvenirs et dans des fanfictions bizarres sur wattpad. Il y a d’autres histoires à exposer, d’autres répertoires à créer, et surtout : on aimerait bien avoir deux, trois news de Shin Megami Tensei V en 2021, ça fait longtemps, quand même.

Mais quand même on rigole bien.

Persona 5 Strikers a été testé sur PC, via une clé envoyée par l’éditeur. Le jeu est également disponible sur PS4 et Nintendo Switch.

zalifalcam
zalifalcam

J'aime les jeux double A, les walking simulateurs prétentieux et les JRPG, et plutôt que de me soigner, j'écris à leur propos.

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