Les bonnes nouvelles de la semaine : Amnesia, un gros bateau et des prototypes

Aujourd’hui, il y a plus de choses négatives à dire dans cette intro qu’il n’y en aura de positives dans la suite de la chronique, c’est à ça qu’on reconnaît les semaines particulièrement nulles. Pas merci, donc, au président qui se paye notre tête, aux sénateurs qui votent des lois racistes, aux patrons qui se torchent allégrement avec la santé de leurs employé·es malgré la nécessité de passer en télétravail, et pas merci non plus au premier avril qui est venu ajouter sa dose de fake news et de déceptions sur une semaine qui n’en avait pas franchement besoin. Sur ce, c’est tout de même l’heure des bonnes nouvelles. Aujourd’hui au menu : un mode de jeu sans monstres pour Amnesia: Rebirth, un gros bateau dans Microsoft Flight Simulator et un thread de prototypes par Noel Berry.

Un mode aventure pour Amnesia: Rebirth

Zali en était ressorti plutôt partagé, entre d’un côté un scénario bien mené, des thématiques rarement abordées dans le jeu vidéo, un gameplay efficace et de l’autre un rythme malheureusement en dents de scie, une expérience un peu trop scriptée et quelques soucis de diégèse. Amnesia: Rebirth, dernier titre du studio Frictional Games, à qui l’on doit les légendaires Amnesia: The Dark Descent et SOMA, était ainsi un peu en dessous de ses ainés, sans être dénué d’intérêt pour autant. Et si vous êtes comme moi, trop peureux·ses pour y jeter un œil, cette bonne nouvelle est pour vous.

Fredrik Olsson, le creative lead de Rebirth, est ainsi venu expliquer en quoi consistait ce nouveau mode de jeu, disponible gratuitement depuis le 30 mars dernier. À l’instar du Safe Mode de SOMA, l’Adventure Mode d’Amnesia: Rebirth rend les ennemis pacifiques, permettant aux joueurs·euses les plus couard·es (moi, donc), de profiter du scénario et des énigmes sans risquer de fondre en larmes parce qu’un monstre s’est approché un peu trop près. Le mode de jeu retire également la mécanique de peur, une jauge qui augmente dans le noir ou en présence d’ennemis et évènements perturbants, pouvant mener au game over. D’un autre côté, et contrairement à SOMA qui proposait uniquement de jouer sans les monstres, l’Adventure Mode de Rebirth ajoutera quelques énigmes, histoire de ne pas trop plomber le rythme et remplacer les séquences de cache-cache par d’autres pans de gameplay. J’émets personnellement quelques réserves de côté-là, puisque pour avoir vu Zali y jouer, je n’étais pas particulièrement emballé par les puzzles existants, mais l’intention reste tout à fait louable. Dans tous les cas, l’ajout de ce mode entre complètement dans la philosophie d’accessibilité qui se répand dans le jeu vidéo ces dernières années, en permettant à plus de personnes de profiter de son titre, sans pénaliser à un quelconque moment le public du jeu de base.

L’Ever Given pourra rester coincé pour toujours dans Flight Simulator

Le gros bateau est débloqué, le capitalisme est sauvé et tout le monde peut retourner à sa vie morne sans canal de Suez obstrué ni mini-pelleteuse, bravo la réalité nulle. Cependant, si vous vivez votre meilleure vie sur Microsoft Flight Simulator, l’Ever Given peut rester coincé dans le canal (vivement celui où Finkielkraut s’y jette), puisque la communauté a bien entendu confectionné un mod pour l’occasion. Enfin, plusieurs, même, puisqu’en plus du mod d’origine créé par Zepingouin35 montrant seulement le porte-conteneurs en travers du canal, un autre, plus complet, ajoute les embouteillages de navires provoqués par l’immobilisation de l’Ever Given, les voitures garées de part et d’autre du canal, ainsi que les secours, composés des petites pelleteuses et autres remorqueurs. Un autre, enfin, montre le navire partiellement remis à flots. C’est bien entendu complètement inutile, mais je ne cesserai jamais de m’émerveiller devant la capacité des communautés à modder tout et surtout n’importe quoi dès qu’elles en ont la possibilité, mettant gratuitement à disposition du public une quantité démentielle de contenu, allant du réel apport quant à l’expérience de jeu – parfois salvateur dans le cas de jeux comme ceux de Bethesda, à tout hasard – à des détails absurdes comme celui-ci.

Flight Simulator : image du mod Ever Given, ajoutant le bateau en travers du canal de Suez

Noel Berry déballe des prototypes

Souvenez-vous il y a deux semaines, je sortais mon meilleur flex pour faire de l’annulation de Bushidog une bonne nouvelle, en parlant évolution de projet, philosophie du milieu indé et intégrité artistique. Et le récent thread de Noel Berry apporte de l’eau à mon moulin : un jeu annulé ou abandonné, ce n’est pas toujours si triste. Ce dernier, en lançant le back up de son site, en a profité pour ressortir ses projets – persos ou en collaboration – annulés, captures d’écran et descriptions à l’appui. L’occasion de rappeler que faire du jeu vidéo n’implique pas nécessairement de sortir un produit fini et commercialisable, et que derrière les succès – qu’ils soient indés, AA ou AAA – se cachent pas mal d’expérimentations, d’échecs, d’abandons et de prototypes. En cela, ce court thread de projets annulés – montrant autant des titres créés uniquement pour découvrir une techno, que d’autres abandonnés pour cause d’ennui ou de manque de direction – est un bien meilleur reflet de ce qu’est la création de jeu vidéo que n’importe quelle success story inspirante. Tout n’a pas pour but d’être une réussite ni d’être vendue ou diffusée

Car à côté, l’œuvre de Noel Berry n’est pas qu’une impressionnante suite de prototypes n’allant nulle part, c’est aussi un petit catalogue de curiosités gratuites faites sur son temps libre ou en jam, mais surtout Celeste, le platformer à venir Skytorn et le projet en cours d’EXOK Games. Et nul doute que tous ces titres existent grâce aux expérimentations sur les projets annulés décrits dans son thread.

Bonus : Les bonnes nouvelles des bonnes nouvelles

Aujourd’hui, c’est notre chère Chloé qui reprend le flambeau des recommandations de nouvelles aussi bonnes que déprimantes, en nous conseillant La Séquestrée, de Charlotte Perkins Gilman. Quasi autobiographique, la nouvelle raconte l’histoire d’une jeune maman en dépression, qui, sous les conseils de son médecin, s’enferme dans une maison de campagne durant l’été. On suit la dégradation de sa santé mentale et un basculement dans la folie à travers des hallucinations sensorielles et on va dire que c’est complètement le mood de la semaine.

Shift
Shift

Camélidé croisé touche de clavier et militant pro-MS Paint. J'aime les jeux indés à gros pixels, les platformers sadiques et les énigmes.

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