Judgment – Mon GOTY dérivé

C’est presque trop facile. Chaque année, le Yakuza Studio produit un jeu de sa série phare, SEGA l’envoie en occident, je reçois un code, j’écris une longue lettre d’amour sur The Pixel Post (ici, , ou encore là), et puis rebelote jusqu’à l’année suivante. Mais le cru Yakuza 2019 était un peu différent, avec Judgment, précédé d’un vent de scandale et surtout d’une promesse d’un gameplay renouvelé, parfaite transition entre la fin des aventures des Yakuza sensibles Ryu et Gorô et le début d’un nouveau monde, le très attendu Yakuza : Like a Dragon. Et bien que le résultat soit franchement paresseux, et bien que voulez-vous, je signe.

Comme un couple usé en panne de libido avec trois gosses, un chien malade et un toit à refaire, Judgment essaie de briser la routine et enfile un nouveau costume pour pimenter un peu la recette : cette fois-ci, vous n’incarnez plus un gangster honorable, prompt à réparer les travers des membres les plus déviants du clan et à nourrir des bébés chats entre deux séances de téléphone rose. Non, cette fois, vous êtes un avocat déchu de la défense transformé en détective, vouant sa vie à aider un procureur et à rendre justice dans un Japon corrompu. Dans les faits, ça revient un peu au même : vous devez taper sur des gens, aller glander au karaoké, et enchaîner des activités improbables allant du flipper rétro à la réalité virtuelle et aux combats de drones. Et un peu comme ce vieux couple après avoir étrenné sa première cravache, le tout possède à la fois le délicieux goût familier de l’habitude, le petit piquant de la nouveauté, et un petit côté ridicule quand on le regarde de trop près.

Je sais, ce que je vous raconte, ça ne sent pas tellement le GOTY. Mais qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? En 45h passées sur Judgment, je me suis amusé à chaque instant. J’ai suivi les aventures un peu réacs de ce vieux beau sur le retour modélisé sur une star japonaise légèrement usée. Et à aucun moment je n’ai ressenti le besoin de lâcher mon sac de pop-corn, à aucun moment je n’ai boudé mon plaisir.

J’ai mené des enquêtes au gameplay parfois génial, parfois complètement foiré en me prenant pour un mélange entre Détective Conan et Bruce Lee, tout en résolvant des enquêtes bizarres pour des jumeaux semi-incestueux afin de payer le loyer de mon cabinet, où ma logeuse me laissait des petits plats dans le frigo en me demandant mon avis culinaire. J’ai même suivi avec une joie immense cette trame principale en équilibre ultra tendu entre nanar absolu sur fond de complot du big pharma et critique sociale acerbe du système judiciaire japonais.

Judgment smile burger

Et surtout, surtout, j’ai reposé Judgment avec au fond de la bouche une soif terrible de découvrir ce que va devenir cet univers incroyablement dense et farfelu que constitue la très, très large franchise Yakuza. Alors que la Yakuza Remastered Collection s’annonce enfin complète chez nous pour février prochain et que le septième épisode Yakuza : Like a Dragon débarque dans moins d’un mois au Japon et s’annonce dantesque, paré dans ses improbables nouveaux habits de JRPG à la Persona, j’ai plus que jamais cette saga chevillée au corps, et c’est en partie grâce à cet épisode gaiden en diable, mais indispensable à mon petit cœur de gamer.

Je ne sais pas encore si c’est moi qui vous raconterai, une prochaine fois, les futures aventures de Kamurocho, Sotenburi et de tous les autres lieux mythiques de la meilleure alternative aux open world occidentaux à ce jour, mais je sais que quoi qu’il arrive, comme je l’ai fait pour tous les épisodes précédents, je saurai utiliser au mieux mon compte de RTT et m’enfermer pendant une semaine jusqu’à être pleinement rassasié, jusqu’à ce qu’un détective ou un mafieux débarque dans mon appartement pour m’expliquer que j’ai mieux à faire de ma vie, et ainsi valider une side quest dont j’aurai été un des PNJ. Rappelez-moi pourquoi ce n’est pas comme dans Judgment, la vraie vie, déjà ?

zalifalcam
zalifalcam

J'aime les jeux double A, les walking simulateurs prétentieux et les JRPG, et plutôt que de me soigner, j'écris à leur propos.

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