Pupperazzi – Shiba les masques

Après l’alangui Diaries of a Spaceport Janitor et le taquin Dad Quest, Sundae Month cultive une nouvelle fois sa bizarrerie avec Pupperazzi. Des chiens de tous côtés à prendre en photo, que pourrait-il mal se passer ?

Entre le renouveau de Pokemon Snap, la sortie Switch du formidable Umurangi Generation et l’aventure initiatique de TOEM, parmi une poignée d’autres titres, 2021 a signé le retour du jeu de photographie – ou peut-être sa véritable apparition, en fin de compte. Suivant de près l’entrée dans le paysage du walking simulator, le sous-genre cultive son rythme propre, généralement détaché de la linéarité d’une trame narrative. Et à chaque jeu de décider de quel côté il penchera : plutôt collectionite, exploration ou autre chose encore à inventer, on l’espère. Pupperazzi, lui, fait le choix de s’en ficher, en optant moins pour un procédé que pour son sujet. Celui-ci se déplace à quatre pattes, aboie, peut être caressé bien entendu, un geste anodin qui a pris beaucoup d’importance pour les joueurs et joueuses, et une plus petite, mais jamais vaine à prendre, pour la visibilité marketing du titre. Cultiver la simplicité de sa proposition est tout à son honneur, même si le nouveau jeu de Sundae Month est plus du genre à profiter du rayon de soleil sur la terrasse qu’à courir après la balle tout l’après-midi.

Chienstagram

Imaginez donc : lorsque vous arrivez dans la crique, le soleil brille, les voiliers mouillent au calme devant le phare, et il n’y a pas un chat à l’horizon. Des chiens, par contre, si. Et à foison qui plus est. Ça glandouille gentiment ici ou là, ça ramasse une banane, ça court après un congénère qui a réussi, ô joie, à trouver un bâton. Certains d’entre eux parlent, à l’image de ce ravissant bichon frisé en ciré jaune et bottes de pluie qui surveille l’entrée de sa boutique d’équipement de pêche, pas à nous directement – il faut garder un peu de mystère tout de même – mais par l’intermédiaire de missions qui nous sont confiées, appareil photo à jambes et bras de notre état. On n’ira pas jusqu’à deviner si les photos sont prises directement par notre œil/objectif, et si c’est le cas, on ne se demandera pas plus comment a lieu l’impression des clichés. Une fois quelques photos prises, la plupart ayant pour sujets les cabots occupés en toute décontraction à diverses activités, et la poignée de missions remplies, direction le réseau social local. Plus il y a de photos postées, plus notre nombre d’abonnés augmente, donnant ainsi accès aux autres zones de la région, cinq au total. C’est tout ? C’est tout.

Pupperazzi se pratique en effet dans un mouchoir de poche, et il faudra se satisfaire d’une variété riquiqui d’environnements afin d’assouvir nos envies de photos, de chiens et, par voie logique, de photos de chiens. Ces terrains de jeu se parcourent librement et avec aisance, notamment grâce au double saut, qu’il ne faut pas oublier afin d’explorer au mieux les quelques envies de verticalité proposées, où se nichent des objets à ramasser. Le sol, les toits ou les jardins sont en effet jonchés de machins avec lesquels interagir, du frisbee à lancer à la sono portable pour mettre l’ambiance, en passant par l’aspirateur autonome aux googly eyes, pour les plus sadiques. C’est ainsi l’occasion de jouer autant qu’on le veut, et sans se fatiguer, à la balle, car les toutous réagissent à ces stimulations de leur meilleure animation sommaire, comme des figurines rigides pourtant très expressives. À nous de trouver les coins où ça bouge, du parc de jeu avec balançoires au théâtre à ciel ouvert de Muttropolis, en passant par la carrière engoncée dans un canyon, lequel cache un mystérieux secret. Pour varier un peu nos escapades mais aussi, on en parlera bientôt, les possibilités visuelles pour nos photos, les sorties se déclinent sur quatre moments de la journée qui se débloquent peu à peu, invitant ainsi à revisiter les lieux sous un autre jour. Et la musique, toujours à propos, de s’adapter au poil aux ambiances diffuses, énergiques ou mélancoliques, sous la Lune ou sous la pluie.

Pupperazzi interface
L’objectif slow motion s’avère très pratique et peut presque figer entièrement l’action.

Pas grands, les niveaux se divisent ainsi en une poignée de zones d’intérêt, entre lesquelles vadrouillent les doux molosses en aboyant, plus ou moins indifférents à notre présence – un rêve de photographe. Au vu de la modestie des espaces, on se pique d’en explorer les recoins, qu’il faut parfois débloquer en trouvant le chemin, ce qui ne prend jamais très longtemps. Accessible, le jeu l’est (on note au passage une option pour celles et ceux qui trouveraient stressant de voir les chiens côtoyer de très lents véhicules, une attention bienvenue), mais on n’aurait pas été contre des aires plus grandes ou tortueuses, qui auraient mêlé les joies du travail de regard à celles de l’exploration. L’équipe de Sundae Month a tout de même voulu nous occuper en proposant une encyclopédie à remplir en plus des missions à accomplir, histoire de chatouiller les instincts complétionistes et de mettre en avant les races et interactions qui nous auraient échappé. Comptez entre deux et trois heures pour voir le générique défiler, le temps d’atteindre le nombre d’abonnés requis, et rajoutez-en une ou deux pour visiter le tout de fond en comble.

Corgito ergo sum

Il a beau avoir la patte un peu courte, Pupperazzi ravit le peu de temps qu’il occupe et on y revient avec entrain, abordé par courtes sessions. C’est qu’au-delà de la simplicité d’approche des animations canines, le titre est un plaisir à regarder. Il ne s’embarrasse pas de textures mais ne ménage pas ses efforts sur les détails toujours agréables à remarquer, ni sur le chouette travail des ombres, qui se révèle sur fond de coucher de soleil. De quoi faire réagir notre œil prêt à tout cadrer.

Pupperazzi encyclopédie
Le photographe est fier de celle-ci mais ne vous la proposera pas en NFT.

En pratique, la photographie apparait vite comme un prétexte pour évoluer dans cet univers gentiment absurde et mettre tout autant en valeur nos envies de photographie virtuelle que l’attachement qu’on a pour les chiens. Pas de système de score à l’horizon qui viendrait juger la finesse de notre cadrage ou l’impétuosité de notre usage de la longue focale donc, si ce n’est diverses jauges qui se remplissent selon la nature des sujets pris en photo et qui n’ont pas l’air d’avoir d’impact particulier. Il y a pourtant de quoi faire pour qui veut faire parler le flash : une quinzaine d’outils comprenant les objectifs de la caméra, les pellicules et quatre modes (selfie, pellicules aléatoires…) sont à débloquer ou à acheter grâce à une monnaie dispersée dans les niveaux et reçue à chaque fin de mission. Les pellicules, qui correspondent aux filtres et vendues par pack de quatre ou cinq, sont notamment assez nombreuses, et leur utilisation est encouragée par certaines missions, demandant par exemple la rigueur nécessaire à un portrait en noir et blanc, sujet bien cadré façon daguerréotype, ou au contraire les contrastes agressifs d’un filtre qui sature toutes les couleurs. Et pour celles et ceux qui voudraient se débarrasser des contraintes de la gravité, un mode de déplacement libre se débloque une fois la fin atteinte.

Pupperazzi prend même une dimension jeu de poupée quand arrive la possibilité d’habiller les pauvres chiens à notre convenance, du chapeau aux bottines. Chacun jugera de son intérêt pour la chose, mais on ne peut que louer l’attention aux détails de Sundae Month et son obstination pour le mignon. Ressort d’autant plus le problème de fluidité de manipulation du mode photo, qui oblige pour l’instant à retourner dans les menus pour changer d’objectif et de pellicule, alors qu’on aurait bien aimé pouvoir faire cela à la volée. Le souci intervient en particulier lorsqu’on joue à la manette mais des raccourcis au clavier auraient été tout autant bienvenus. C’est confronté à cet inconfort qu’est apparu la nature assez volatile, voire limitée de Pupperazzi. Avec une proposition reposant sur un système aussi simple et fin, la moindre imperfection affecte immédiatement l’expérience de jeu et dans le même temps l’implication qu’on est prêt à y mettre. C’est à ce moment qu’on se met à penser à ce que le jeu aurait pu proposer de plus, et déjà on est parti sur autre chose.

Pupperazzi a été testé sur PC via une clé fournie par l’éditeur. Il est disponible sur itch.io, Steam et Epic Games Store, ainsi que sur Xbox Series.

Peut-être qu’au-delà même de la photographie, Pupperazzi s’intéresse surtout à mettre en scène un monde idéal – pour qui n’a pas peur des chiens. S’il développe un esprit adorable et réconfortant, on sent qu’il y avait une opportunité d’aller un peu loin dans sa douce folie, possiblement par une exploration plus poussée. Contrairement à d’autres représentants du genre qui peuvent compter sur des béquilles narratives ou compétitives, notre investissement demandera l’essorage de l’univers par la photographie, et il est ici partie prenante du temps qu’on y passera et de l’intérêt qu’on lui prêtera. Sinon, la variété des situations offertes par les cinq environnements parait tout de même assez limitée, et ce malgré la réussite de l’ambiance « Tout pour toutou ».

Le Bon

Chaussons enfilés, plaid sur les genoux : vous êtes bien

Un plaisir à regarder

Le large éventail d'options disponibles

Accessible au plus grand nombre

Le Pas Bon

Fluidité de l'interface photo pas tout à fait optimale

Malgré tout un peu limité

Seastrom

C'est la Loire qui coule dans les veines de Seastrom, mélangée aux subtilités de la vaporwave. Possibilité de l'amadouer en lui parlant indés et D&D (Dreyer et Digimon).

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