Pumpkin Jack – Minuit sonne, c’est l’heure du crime

Projet conséquent d’un seul et même homme – producteur et designer de l’intégralité du jeu, Nicolas Meyssonnier – Pumpkin Jack est sorti sur Switch, PC et Xbox pour Halloween 2020 et débarque, en ce mois de février 2021, sur PS4.

Il serait difficile de nier que le jeu de Nicolas Meyssonnier n’a pas fait mouche auprès du public, tant on a pu en entendre parler à sa sortie. Le créateur de Pumpkin Jack est jeune, et c’est en autodidacte qu’il a entièrement produit son jeu durant 4 ans. L’histoire des coulisses du jeu est donc plutôt exceptionnelle, même si les jeux développés par une seule personne fleurissent souvent ici et là, résultant d’une passion évidente, mais également d’un manque de moyens. Des projets étonnants, parfois brillants, comme Undertale ou Iconoclasts voient le jour, à notre plus grand bonheur (surtout celui de Shift). Malheureusement, une production unique ne fait pas tout : le jeu, pour plaire, doit assurer une certaine qualité d’un bout à l’autre, comme n’importe quel autre jeu… qu’il soit développé par une seule personne, un petit studio ou une grosse boîte. Chose que ne fait pas Pumpkin Jack, qui s’est soldé en une très grosse déception personnelle.

L’étrange Halloween de Pumpkin Jack

Dans Pumpkin Jack, vous jouez Jack (eh oui), le bras droit du Diable, envoyé sur Terre pour 1. semer encore plus le chaos dans un monde touché par la malédiction de la « Nuit éternelle » et 2. ne surtout pas permettre à un certain mage de répandre à nouveau la joie et la bienveillance sur la planète. Il vous faudra, pour atteindre votre but dans cet univers cartoon, affronter divers monstres de l’au-delà, ainsi que des créatures du moins surprenantes. Pumpkin Jack est un jeu de plateforme en 3D qui combine aventure, action et puzzle. Un jeu assez hétérogène pour attirer un public large donc, d’autant plus que le jeu dénote grâce à sa démarche anti-héroïque, en mettant en avant un univers fun et macabre, coloré mais voué au chaos, avec un antagoniste comme personnage principal.

Pumpkin Jack design
L’image parle d’elle-même : Pumpkin Jack, c’est beau.

Très clairement inspiré (le créateur du jeu ne s’en cache pas, au contraire) de MediEvil, un jeu lui-même inspiré de L’étrange Noël de Mr Jack et sorti sur PS1 en 1998, Pumpkin Jack reprend ses grandes lignes en proposant à la fois de la plateforme 3D, un univers médiéval-fantastique et un (anti)héros atypique. De ce jeu des années 90, celui de Nicolas Meyssonnier reprend également un univers à la fois drôle et funèbre, comme dans le film de Henry Selick. Pumpkin Jack s’inspire du style graphique ainsi que des mécanismes que l’on peut retrouver sur PS1 ou PS2 et touche alors les joueurs profondément nostalgiques de leur enfance passée sur MediEvil et Jak and Daxter. C’est d’ailleurs ici, maintenant, juste en effleurant cette idée d’hommage PlayStation que l’on peut relever un des problèmes majeurs de Pumpkin Jack. Shift et moi-même vous en parlions récemment dans notre lootbox sur les mauvais jeux rétro… Pumpkin Jack rentre également dans cette catégorie. Porté par les jeux marquants de son enfance, dont MediEvil, comme on peut le deviner rapidement, le créateur a voulu offrir une version modernisée des platformers 3D qui l’ont tant marqué. Le jeu est pourtant truffé de simplicités scénaristiques et visuelles lassantes pour un jeu de 2020.

Jack et la mécanique de l’ennui

Attention, je l’ai déjà dit : Nicolas Meyssonnier a fait un travail remarquable. Porter seul un jeu indépendant qui est en fait quasiment un double A fait plaisir à voir, et je ne doute pas de la place future du bonhomme dans le paysage vidéoludique des prochaines années. Il est d’ailleurs plutôt évident, à mon sens, qu’il développera des jeux de qualité très prochainement. Mais Pumpkin Jack souffre malheureusement de certaines simplicités qui en font un jeu plutôt ennuyeux. D’abord par sa facilité – ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose, je pense d’ailleurs que Pumpkin Jack peut être joué par un public jeune, qui saura apprécier l’humour et le design du jeu, mais il ne semble cependant pas voué à ce public – : le jeu est très simple (surtout au début, puis il connaît une courbe de difficulté évidente et intéressante), parfois… souvent, trop simple.

La seule mécanique d’attaque se résume à une touche, et à plusieurs armes différentes en apparence mais qui réalisent les mêmes dégâts, de la même façon. Les ennemis sont alors assez peu difficiles à vaincre, sauf à la fin du jeu, quand ils se réunissent par milliers (ok j’exagère) pour nous dévorer tout cru (j’exagère à peine). Il en est de même pour les boss, qui, au-delà des designs un peu dégueux tout en jouissant d’une lumière et d’une palette de couleurs très jolies, se battent en trois phases… mais trois phases identiques. Il suffit donc de comprendre et d’assimiler rapidement les patterns du boss pour le battre facilement et passer à la suite de l’histoire. En plus de ses phases de combat et de plateforme, Pumpkin Jack nous propose des courses de kart, des voyages en train de mine, ainsi que des mini-jeux en tout genre (dont… un jeu de mémo ???? mais enfin, pourquoi ?), tous plus ennuyeux les uns que les autres, à part peut-être les voyages en train, qui, rapides, changent la dynamique du jeu.

mini jeu Pumpkin Jack
Exemple de mini-jeu : il faut apporter la bombe à un endroit bien précis, en visant juste à chaque fois dans une plateforme semée d’embuches.

La difficulté du jeu se retrouve, comme dans beaucoup de jeux PS1 et PS2 d’ailleurs, dans les phases pures de plateforme, en devant aller physiquement d’un point A à un point B, le plus souvent en sautant d’un endroit à un autre. La physique, approximative, gâche clairement le plaisir que l’on a à se promener dans l’univers (tout de même redondant) cartoon, et coloré du titre tant elle est injuste et demande une précision inappropriée face à la facilité des phases de combat. À la physique limitée, on peut ajouter un Jack-savonnette qui glisse et tombe partout, et qui se jette parfois dans l’eau pour se suicider au lieu de vouloir avancer (ok je suis peut-être de mauvaise foi, mais le jeu se moque du joueur à chaque fois qu’il meurt, donc il l’a bien cherché).

Le jeu me rappelle la première fois que j’ai lancé Crash Bandicoot, l’année dernière (on essaie de rattraper les classiques, ou plutôt les crassiques… crasse-ique… bref). Je me suis retrouvée face à un jeu, aimé de tous, surtout par nostalgie, mais imprécis et globalement injouable en 2020, notamment à cause d’un personnage aux mécaniques de jeu approximatives, et donc très vite lassant. Pumpkin Jack ressemble à Crash Bandicoot, sauf qu’au lieu d’être un jeu de la fin des années 90, c’est un jeu de 2020. Et les erreurs et les imprécisions de Crash Bandicoot, si le jeu sortait aujourd’hui, seraient intolérables. Notons que je ne regroupe pas tout le jeu dans la catégorie « ennui », mais bien un gameplay et un univers finalement peu originaux tant ils sont redondants. Sans parler des bugs, très présents sur PS4, qui alourdissent un jeu déjà trop fastidieux.

Coucou c’est moi Jack, le roi d’l’humour

En plus d’être beaucoup, beaucoup de choses, dont un jeu respirant transpirant la nostalgie, Pumpkin Jack est également un jeu qui ne se prend pas au sérieux. Il brise le 4ème mur à de très nombreuses reprises tout en s’auto-parodiant. Les personnages ont donc totalement conscience d’être dans un jeu, et quand Jack demande au hibou, notre guide, à quoi sert telle ou telle chose, ce dernier lui répond que ce n’est qu’une énième quête secondaire qui sert au jeu à avancer.

Hibou Pumpkin Jack
* baille *

Un des nombreux problèmes de Pumpkin Jack, c’est qu’il se croit plus drôle qu’il ne l’est réellement, créant alors quelques moments gênants et longuets. Le personnage principal enchaîne les quêtes inutiles et inintéressantes, et le jeu nous balance très régulièrement à droite et à gauche de l’univers, avec pour seule raison le fameux « Ah c’est bien tu as fait ça, mais oh mince j’ai oublié de te dire qu’il fallait également trouver les 4 autres planches de bois, ah c’est bon ? oh mince il faut aussi trouver le personnage de la sorcière ! », et ainsi de suite, jusqu’à la fin du jeu. Je pense que vous voyez exactement ce que je veux dire, tant beaucoup de jeux vidéo utilisent ce mécanisme simplet qui en aucun cas ne sert l’histoire, et qui apporte au titre une dimension clairement fastidieuse.

On ajoute à cet humour léger quelques vannes faciles, et vous avez à peu près le ton de Pumpkin Jack. Un ton qui peut cependant, encore une fois, convenir aux plus jeunes ou aux familles. L’humour a clairement été mal dosé dans ce (gros) jeu indépendant, puisqu’il commençait en fait très bien, offrant aux joueurs une sublime introduction, avec un narrateur à fond dans son rôle, qui prévoyait un jeu bien construit et une histoire passionnante. Malheureusement, il n’en est rien.

Pumpkin Jack a été testé sur PS4 via une clé fournie par l’éditeur. Il est également disponible sur PC, Xbox One, et Nintendo Switch.

Malgré un développement admirable, un design soigné ainsi qu’une musique à L’Étrange Noël de Mr Jack, Pumpkin Jack déçoit par une redondance pénible et des mécaniques de plateforme approximatives. Le titre commence bien et fort avec une introduction presque parfaite et un début de jeu plus que sympathique, mais s’essouffle rapidement à cause de son manque d’originalité et de sa tambouille bizarre et purement nostalgique de jeux PS1 et PS2 qui n’a pas sa place, selon moi, dans l’univers vidéoludique de 2020. Le résultat est tout de même prometteur pour un premier jeu solo mené par Nicolas Meyssonnier, et on espère le revoir très bientôt pour un nouveau projet un peu moins ennuyeux et un peu mieux construit.

Le Bon

Une direction artistique haute en couleurs

Une musique sympathique

L'introduction

Le Pas Bon

Approximatif dans ses mécaniques de jeu

Un personnage-savonette

Humour un peu lourd

Un jeu redondant et ennuyeux

Cette volonté, pénible, de vouloir faire "comme avant" en reprenant des principes de PS1 et PS2

Chloé

Gameuse padawan depuis que j'ai découvert Céleste, j'espère un jour avoir le titre de maître Jedi grâce à TPP.

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