La fantasy raciste dans les jeux vidéo commence-t-elle à refluer ?

On en parle de temps en temps depuis que l’argent s’est emparé de la production artistique et que la société est censée avoir évolué vers plus de tolérance grâce aux avancées des droits de l’être humain : la fantasy actuelle est profondément raciste. Vous ne vous en étiez jamais rendu compte ? Oh ?! Bon bah, venez, on va faire un petit tour d’horizon. Et puis, on regardera si ça évolue ou non.

La fantasy actuelle, un genre raciste

Pour partir d’un bon pied, voyons déjà ce qu’est le racisme. Il s’agit d’une idéologie fragmentant l’humanité en plusieurs groupes de races, et estimant qu’il existe une hiérarchie entre ces groupes (Larousse). On parle également de racisme quand une personne est systématiquement hostile envers un même groupe de personnes (Larousse too). C’est pour ça qu’on peut parler de racisme anti-vieux, anti-jeunes, anti-noir, anti-femme, anti-tutti-quanti. On peut également être raciste et xénophobe, la xénophobie étant l’hostilité agressive manifestée à l’égard des étrangers.

Revenons à la Fantasy actuelle et dans les jeux vidéo. Le genre nous plonge dans des mondes où il y a des Elfes, supérieurs à tous, blancs, aux yeux bleus, verts, parfois bruns, mordorés, etc, des Nains blancs, des Humains blancs… Des Orcs verts, c’est vrai. Mais dans l’ensemble, les RPG médiévaux-fantastiques se déroulent dans un univers d’humains blancs, avec des monstres à aller tuer et parfois, on rencontre en chemin des tribus à la peau colorée. Notez que j’ai écris : tribus. Il n’y a que très rarement voire jamais de civilisation noire ayant accès un même degré de technologie que celle des Blancs dans les univers fantastiques. Pourquoi ? Qu’est-ce qui nous empêche de les imaginer ? Réfléchissez-y.

Racisme Fantasy Hermione noire
Les interprètes d’Harry Potter, Hermione et Ron, en coulisses après l’avant-première de Harry Potter et l’enfant maudit, au Palace Theatre de Londres, en 2016.

Cet imaginaire colonialiste de la suprématie blanche (masculine et hétéro, cela va souvent ensemble, mais je traite ici du racisme) reste encore majoritaire dans notre univers vidéoludique. On aurait pu croire que le genre ayant trouvé le chemin des salles obscures avec autant de brio qu’Harry Potter ou Le Seigneur des Anneaux dans les années 2000, on allait voir les choses changer mais… Pas tant que ça.

Les jeux vidéo affichent toujours des hommes blancs (The Witcher 3, que j’adore, hein, c’est pas la question, Zelda, Ni No Kuni…), évoluant dans des sociétés fragmentées. A l’image de notre propre société qui ne cesse de se refermer toujours plus derrière les murs visibles et invisibles de nos angoisses insensées. Et quand la communauté noire est représentée, c’est souvent avec des stéréotypes très marqués et pas qu’en Fantasy (coupe Afro, gangster…), ou alors avec une peau relativement claire.

Le lourd impact des représentations mentales

Or, en ne représentant que trop rarement la diversité culturelle et physique de l’humanité, on finit par créer de sérieux problèmes de société et de santé publique. Par exemple, les personnes qui ont une peau noire ont une tendance nette à vouloir se blanchir la peau parce que le type occidental est, dans l’imaginaire collectif mondial, synonyme de modernité et ça fait vendre. Mais le procédé chimique est dévastateur pour la peau et va même jusqu’à créer hypertension, diabète, problèmes osseux, hormonaux, assortis d’une forte dépendance. Les pays concernés sont nombreux : Inde, Chine, Japon, États-Unis, Mali, France, Ghana…

Un autre truc con bien symptomatique du racisme latent et de la discrimination bien ancrée dans nos sociétés : les écoles de coiffure françaises n’apprennent pas à coiffer les cheveux crépus. Du coup, pour se faire faire une coupe quand on est concerné.e, bah ça devient chaud. C’est insultant et dégradant de se voir oublié.e ainsi. Un panneau « Interdit aux Noir.e.s » ferait bondir, et pourtant, l’effet est identique. C’est encore plus grave parce que c’est systémique.

Une sous représentation de la diversité physique de l’humanité dans les médias culturels crée du mal-être et n’offre pas la possibilité aux personnes au type non-occidental (ce qui représente un sacré paquet de personnes, quand même) de s’accepter telles qu’elles sont, avec leur propre richesse et leur propre qualité. Elles n’ont pas de modèles à leur image. Résultat ? Les enfants noirs se suicident trois fois plus que les enfants blancs aux États-Unis.

Pourquoi laisser des gens ne pas avoir accès à des représentations positives d’eux-mêmes, à leur image ? Qu’est-ce qui justifie qu’il n’y ait que très peu de poupées noires, de jeux vidéo avec des Noirs à la peau très foncée, de héros et d’héroïnes de grosses licences cinématographiques et vidéoludiques à la peau très foncée ? L’argent, parce que le public blanc serait le plus fortuné ou serait le plus consommateur de ces médias ? Ça n’a aucun sens.

Racisme, Fantasy, Remember me
Nilin, l’héroïne métisse de Remember Me (Dontnod Entertainment)

Vers une évolution ?

Avec des graphismes de plus en plus réalistes, de plus en plus magnifiques, franchement, qui a envie de s’immerger systématiquement dans un Blanc baraqué ? Perso, en tant que femme, ça ne m’intéresse pas. Quand c’était pixélisé à mort, ce n’était pas tellement dérangeant et je n’avais pas une grande conscience de moi (avant les années 2000). Mais maintenant, ça devient insupportable. Et pourtant, je suis blanche. Je n’imagine même pas si ça n’était pas le cas. Je crois que j’arrêterais d’être gameuse parce que je ne m’intéresserais pas à un média qui ne s’intéresse pas à moi.

Ceci dit, je perçois un frémissement. Je veux croire à ce réveil du monde pour faire cesser la discrimination dans les faits : principalement quand je joue à Uncharted the Lost Legacy (même si ce n’est pas de la fantasy), Omensight, ou quand je vois qu’un studio développe un jeu comme In The Valley of The Gods.

Et puis il y a eu la révolution des MMO : on a pu enfin choisir son personnage, son sexe, la couleur de sa peau, humain ou non humain… Autant d’expériences enrichissantes et personnalisables qui permettent une évasion identique pour tous. C’est pourtant le but premier du jeu vidéo, non ? S’évader, jouer, vivre d’autres expériences… Ce genre de trucs. Pour faire avancer les choses, les jeux RPG et/ou se déroulant dans un univers médiéval fantastique devraient proposer systématiquement ce type d’immersion.

Et enfin, il y a Aurion l’Héritage des Kori-Odan. Le studio camerounais Kiro’o Games propose un jeu de grande qualité. Le joueur ou la joueuse incarne le couple royal de Zama, Enzo et Erine, qui subit un coup d’état au moment de leur mariage et du couronnement d’Enzo. Ils errent dans Zama et découvrent les enjeux géopolitiques de leur pays au fur et à mesure, et leur propre humanité. Le scénario est très riche, avec beaucoup d’humour, et se situe dans un univers mythologique chatoyant peu connu, de fait, puisqu’africain. Mais franchement, qui connait ce jeu disponible sur Steam depuis 2016 ? Maintenant, vous, lecteurs et lectrices, et j’en suis satisfaite.

Cependant, ne nous voilons pas la face : les jeux en rapport avec la fantasy ne sont pas les seuls à avoir une vision suprématiste blanche latente. Franchement, citez-moi plus de trois noms de héros ou héroïnes noirs principaux et récents qu’on peut incarner. Je n’en ai pas et j’attends toujours un jeu AAA où le héros sera une femme noire. Espérons qu’il arrive bientôt. Et je souhaite que ça devienne vite banal, au même titre qu’il est banal de trouver un jeu avec des personnages blancs.

bob thebob
bob thebob

Mes parents ont trouvé ça drôle de m’appeler Bob, notre nom de famille étant Thebob. Ça vous en bouche un coin ? Moi pas. Pour une raison simple : je n'en ai pas, de coin. Du coup, même si je suis une femelle, je suis Bob. Et grâce aux jeux vidéo, je sais maintenant que la vie a un mode d'emploi, et que si un chat est assis dans un rai de lumière, c'est qu'il a forcément une quête à me proposer. Et ça, ça n'a pas de prix. Pour le reste...

3 commentaires
  1. Bel article, le point de vue est intéressant!

    J’essaye de trouver des protagonistes noirs importants dans les jeux, vous en avez demandé 3 :
    – Fury (le héro et le narrateur)
    – Metal gear Solid 2 et le très réussi personnage de Fortune (en couple avec un Roumain qui plus es ^^)
    – Borderland avec Roland en personnage jouable
    – Skyrim et les Rougegardes qui n’ont rien à envier aux autres peuples
    – Barett de FF7
    – Guacamele et sa belle culture mexicaine

    Heureusement le monde indé regorge de personnages noirs ou « non caucasiens » ce qui donne un vrai vent frais et je suis le premeier à jouer des personnages à la peau foncée ou très foncée dès qu’un éditeur le permet (pour le Swaag).

    Bisous à l’équipe des Pixel Potos, merci pour l’article

    1. Y’a de bons exemples dans ce que tu dis, excepté Fortune qui reste quand même un boss, que tu tues au bout de 5h de jeu, on est pas sur un protagoniste principal. Tout tes autres exemples sont intéressants, j’avais totalement oublié Barett, et les Rougegardes rentrent dans cette habitude de laisser le choix aux joueurs de choisir leur sexe/ethnie et ça c’ets cool

  2. Merci à toi d’avoir apprécié 🙂 C’est vrai qu’il y a des exemples en jeu indé, mais ils sont rarissimes en triple A. Heureusement que ça avance quand même un peu cette histoire !

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