Mega Man Zero/ZX Legacy Collection – Cette fois c’est la bonne

Après quatre compilations un brin sèches consacrées aux dix premiers épisodes de Mega Man et aux épisodes Mega Man X, puis avoir sorti un peu de nulle part un onzième épisode en 2018 qui a surpris tout le monde par sa bonne tenue, Capcom s’attaque aux épisodes GBA et DS, un pan méconnu de son catalogue publié pour l’essentiel dans la première moitié des années 2000. La compilation est joyeusement nommée Mega Man Zero/ZX Legacy Collection pour rendre hommage aux titres à coucher dehors des épisodes tardifs de la série et a aussi la particularité d’être la première à regrouper les épisodes développés par un studio tiers, Inti Creates.

Je sais ce que vous vous dites, Inti Creates, ça sonne des cloches plutôt maudites à vos oreilles. Ces spécialistes des platformers de commande sont surtout réputés pour avoir été les petites mains derrière un Mighty N°9 de sinistre mémoire, ainsi que sur tout un tas de jeux de plate-forme un peu mous et un peu dispensables comme ceux de la série Gunvolt. Mais que voulez-vous, il faut bien manger. Avant de devoir assurer des portages de Shantae ou Bloodstained pour des supports randoms de genre smartwatch ou frigo intelligent, Inti Creates était surtout le studio de confiance de Capcom, formé par d’anciens employés de la firme, chargé de continuer et de faire prospérer la prestigieuse série Mega Man. Bien que leur travail ait toujours été reconnu comme correct et respectueux de la franchise, Inti Creates va avoir du mal à se relever de la mise en hiatus de la série en 2010, et va devoir alors se spécialiser dans les portages et la sous-traitance pour des jeux de la licence Crayon Shin-Chan. La compilation Mega Man Zero/ZX Legacy Collection aurait donc presque pu être sous-titrée « Les Heures Glorieuses d’Inti Creates », et ça n’aurait pas été usurpé.

Metroid Man

Mega Man Zero/ZX Legacy regroupe deux séries de jeux de plates-formes. La première marque le passage au format GBA, avec ses possibilités techniques bien supérieures à ce que pouvait proposer la Game Boy quelques années plus tôt. La seconde, encore moins connue que la série Zero, concerne l’époque DS, avec ses deux écrans et les possibilités de confort de jeu évidentes qu’ils offraient en terme d’affichage des informations.

La série Mega Man Zero, premier bloc de cette compilation, constitue une tétralogie un chouilla répétitive qui multiplie les tâtonnements maladroits au début pour gagner peu à peu en assurance. Dans ces jeux, la traditionnelle non linéarité des Mega Man passant par un choix du joueur de l’ordre dans lequel affronter les boss laisse peu à peu place à l’exploration et à des tableaux plus ouverts, un petit pas progressif vers une formule à la Metroid, tout en ajoutant que très peu d’éléments de jeu de rôle. Ils restent cependant assez proches de ce qui se pratiquait sur les consoles de salon de la génération précédente.

Mega Man Zero/ZX Legacy Collection boss

La série Mega Man ZX, quant à elle, plonge totalement dans la formule Metroidvania, en combinant des éléments d’exploration à des éléments de RPG et une palanquée de quêtes annexes qui forceront le joueur à utiliser toute sa palette de pouvoirs pour progresser. Deux jeux fins, superbes pour leur époque et leur formule, dont le principal défaut est de ne pas avoir vraiment fait souche ni donné un second souffle à une série en grande perte de vitesse. L’expérience est moins répétitive et plus intéressante in fine que la série Zero, et les jeux sont beaucoup plus rares que ces derniers sous nos latitudes, aussi est-il bienvenu de les retrouver en 2020 sur toutes nos machines.

Bienvenue aux nouveaux

La compilation Mega Man Zero/ZX Legacy, livrée telle quelle, aurait été un peu sèche en bouche. Il faut donc saluer les efforts évidents de Capcom pour l’emballer de manière assez élégante et ne pas se contenter de coller six roms mal émulées dans un code de téléchargement. De nombreux artworks sont déblocables in game, ce qui est un peu le service minimum, mais cette fois, la compilation va un peu plus loin, en proposant de nombreux modes d’affichage reproduisant fidèlement ou non l’écran de la DS, ou au contraire appliquant un lissage des textures qui peut rendre le visuel du jeu plus moderne selon votre goût. La gestion du second écran est elle aussi assez bien vue, bien qu’il faille concéder que sur un écran de télévision de grande taille, il n’y a pas vraiment moyen de rendre ça joli. Disons qu’on peut faire ce qu’on veut, mais une télé milieu de gamme de 2020, c’est quand même dix ou quinze fois plus grand qu’un écran de Game Boy Advance, donc quoi que vous fassiez, ça bave. Préférez un petit écran ou, mieux encore, la version Switch parfaitement adaptée pour apprécier ces épisodes de la manière nomade dont ils ont été pensés à l’origine.

Mega Man Zero/ZX Legacy Collection dragon second screen

Ceci dit, l’ajout le plus intéressant de Mega Man Zero/ZX Legacy Collection reste la possibilité de moduler assez fortement les niveaux de difficulté. Si ces jeux sont pour la plupart moins difficiles que les premiers épisodes de Mega Man, ils sont quand même marqués par une gestion des checkpoints et des sauvegardes assez impitoyables, vous poussant la plupart du temps à un quasi sans-faute. Pour rendre cela un peu moins corsé pour ceux qui souhaiteraient profiter de la promenade ou du scénario (car il y en a un), Capcom a ajouté un système de mode facile, avec des sauvegardes et des points de passages plus fréquents. Il n’est jamais obligatoire d’activer ces options, mais leur présence rend possible à des joueurs moins aguerris d’apprécier pleinement la compilation. La clarté des menus explicatifs de ces modes de difficultés est d’ailleurs très appréciable. À l’inverse, pour les masos, des modes de jeux particulièrement relevés ont été ajoutés en bonus.

Mega Man Zero/ZX Legacy Collection n’a au final que les défauts de ses jeux : les deux séries peinent un peu à se renouveler, particulièrement la série Zero qui s’arrête après avoir cherché ses marques pendant plusieurs épisodes. On déplorera aussi un bestiaire moins inspiré qu’aux origines de la série, et une direction artistique qui manque un peu de peps. Malgré tout le plaisir ressenti en jouant, on comprend vite pourquoi ces six platformers honnêtes ne sont pas devenus aussi légendaires que Mega Man 2 ou Mega Man X. Ils arrivent tard, en pleine crise du jeu de plateforme 2D, et bien avant qu’une nouvelle génération de créateurs, occidentaux comme japonais, ne se penchent sur son renouvellement. Il serait néanmoins bête pour l’amateur de Mega Man de passer à côté de cette poignée de jeux un peu oubliés. De toute façon, si vous êtes fans de Mega Man, le côté répétitif et parfois un peu dispensable, vous connaissez.

Mega Man Zero/ZX Legacy Collection portage

Mega Man Zero/ZX Legacy Collection a été testé sur PS4 via une clé founie par l’éditeur.

Mega Man Zero/ZX Legacy Collection s’adresse à la cible sans doute assez restreinte des collectionneurs et des complétionnistes passés à côté de ces épisodes commercialement mineurs de la série Mega Man. Publiés en queue de comète de la popularité de la saga, dont la fin marque la quasi mise en sommeil pour une dizaine d’années, ces jeux n’étaient plus disponibles que de manière confidentielle. Contrairement aux autres compilations parfois un peu vaines de Capcom, c’est donc un plaisir de retrouver des versions tout à fait correctes de ces six jeux, dans des portages dont les quelques ajouts donnent juste ce qu’il faut de confort au joueur moderne. Pas un indispensable de l’année, certes, mais un vent de fraîcheur enfin bienvenu dans l’océan de ressorties de vieilleries.

Le Bon

Expérience de jeu bien modulable et réadaptée

Permet de redécouvrir des épisodes méconnus

Les nouveaux modes de difficulté sont appréciables

Beaucoup de contenu bonus

30€ pour 6 jeux, appréciable.

Le Pas Bon

Sur un grand écran, ça bave beaucoup

Quelques affichages maladroits du second écran

La série Zero un peu répétitive

zalifalcam
zalifalcam

J'aime les jeux double A, les walking simulateurs prétentieux et les JRPG, et plutôt que de me soigner, j'écris à leur propos.

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