Tencent : la reconnaissance faciale contre l’addiction aux jeux vidéo

Mercredi, l’entreprise chinoise Tencent a annoncé le déploiement de la technologie « Midnight Patrol » sur une soixantaine de ses jeux pour aider à lutter contre l’addiction aux jeux vidéo chez les jeunes. Le déploiement de cette technologie permet à l’entreprise de se conformer à la législation chinoise de 2019 sur l’utilisation des jeux vidéo par les mineurs et fait suite à l’annonce du gouvernement, le mois dernier, de son intention de durcir cette réglementation.

Logo Tencent

En 2019, la Chine faisait passer une loi pour lutter contre l’utilisation abusive et excessive des jeux vidéo par les mineurs. Cette réglementation comporte un certain nombre de mesures, comme une interdiction de jouer aux jeux vidéo entre 22 h et 8 h, l’obligation de s’identifier avec son vrai nom (et numéro d’identification national), une limitation du montant mensuel dédié aux microtransactions (de 28 à 57 $/mois, selon les âges) et une limitation de 90 minutes de jeu par jour en semaine et 3 h pendant le weekend pour les moins de 15 ans. Il a été en outre annoncé une volonté de durcir encore ces mesures et c’est dans ce contexte que l’entreprise chinoise Tencent, spécialisée dans les services Internet et mobile (application de réseaux sociaux, messageries, jeux, etc.), a annoncé le déploiement de son système de reconnaissance faciale « Midnight Patrol » dans ses jeux, pour se conformer à cette réglementation. Le système sera dans un premier temps déployé dans 60 jeux mobiles de l’entreprise, notamment Honor of Kings et PUBG mobile.

Capture du jeu Honor of Kings de Tencent

Le système identifie le joueur par le biais de l’appareil photo et toute personne refusant la reconnaissance faciale sera traité comme un mineur et soumis aux mêmes restrictions. Selon l’entreprise, cela permettra de mieux faire respecter la législation en vigueur, que les mineurs n’ont, pour le moment, pas trop de mal à contrevenir en utilisant notamment le compte d’un adulte pour les plages horaires interdites.

Évidemment, tout le monde n’est pas aussi enchanté par cette nouvelle que les officiels qui y voient un instrument efficace pour lutter contre l’utilisation croissante des jeux vidéo par les jeunes. Outre les mineurs, ce sont les défenseurs du droit à la vie privée qui soulignent le danger du détournement de ces données de reconnaissance faciale par le gouvernement qui pourrait ensuite les utiliser, par exemple, dans les différents systèmes de crédit social du pays. Il faut d’ailleurs souligner que Tencent a déjà mis en place son propre système de crédit social pour les utilisateurs de WeChat (une application de messagerie qui propose, outre l’échange de messages, un système de microblogging, de publicité et d’achat en ligne et qui compte plus d’un milliard d’utilisateurs). La messagerie WeChat serait d’ailleurs à l’avenir également concernée par le système de reconnaissance faciale « Midnight Patrol ». Les données ainsi collectées pourraient aussi être utilisées pour identifier les opposants aux politiques chinoises, comme lors des manifestations à Honk-Kong, il y a deux ans.

Si la référence à la série Black Mirror est aussi facile que galvaudée, le risque de voir ces données utilisées contre les utilisateurs pose beaucoup de questions et interroge notamment sur l’attitude qu’adopteront les développeurs et distributeurs étrangers lorsqu’ils devront choisir entre préserver la vie privée des joueurs et avoir accès à l’un des marchés les plus importants de la planète. D’autant que Tencent a des parts dans de nombreuses entreprises du secteur du jeu vidéo, comme le rappelait Seastrom l’année dernière.

BatVador

Traductrice ascendante topiaire qui aime les city builders, les dystopies et les jeux avec des gens déprimés dedans.

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