L’indé matin : une sélection d’indés de Noël

C’est une nouvelle année et un nouveau lundi miteux qui se dessinent, et pour ne pas céder à la morosité du début de semaine, l’indé matin met en lumière un jeu indépendant, tout juste ou bientôt sorti, qui nous a tapé dans l’œil. De quoi repartir du bon pied, avec curiosité en bandoulière et foi en l’humanité. Et comme le mois de janvier est souvent un peu lent à démarrer, on s’est dit que revenir sur les jeux sortis pendant les deux dernières semaines de 2021 était la meilleure chose à faire.

Cette fois, contrairement à notre sélection des indés de l’été 2021, on se cantonnera à suivre le calendrier, qui a vu sans surprise une bonne moitié des titres dont on va parler paraître avant une pause quasi-générale entre le 20 et le 31 décembre. Et on commence avec le 16 décembre, une journée comme le marché du jeu vidéo en a le secret, elle qui a rassemblé pas moins de sept sorties sur les 15 qu’on a retenues. La première sera vite expédiée car son titre concentre l’idée essentielle à retenir : Three Pigeons in a Trench Coat (PC) est un court jeu d’aventure gratuit qui nous donne le luxe (c’en est un) de suivre un trio de volatiles confrontés à la fin du monde, rien que ça. Les compères vont tenter de mener l’enquête en toute discrétion et ce avec style. Un imper’, donc, mais aussi deux beaux chapeaux dont un en papier. Immanquable.

S’il n’opte pas pour l’absurde, Filmechanism (PC, Switch mais pas sur le store européen) promet un autre genre de gratouillage de crâne, tant sa mécanique, basée sur l’enregistrement d’une situation à un moment X vers lequel revenir à volonté afin de progresser dans les tableaux, peut facilement dériver vers le casse-tête. En plus, son personnage s’appelle REC.

Autre forme de complexité, qui me fascine autant qu’elle me rebute, Kubifaktorium (PC) sort tout juste d’un accès anticipé de deux ans et demi. Son but était de réussir à mêler simulation et automatisation et il semblerait, d’après les retours des joueurs et joueuses sensibles aux charmes des tapis roulants, que le pari soit assez réussi.

Si au ronron d’une chaîne de fabrication bien organisée vous préférez le chaos et le déchaînement des sentiments, peut-être trouverez-vous votre bonheur avec Trash Sailors (PC, prévu sur consoles). Le jeu coop s’était fait remarquer pour sa bouille expressive qui rappelle celle de Don’t Starve, et si la survie est également au programme, elle prend ici place sur un radeau tout pourri que vous devrez empêcher de couler. Les Multipotes de TPP ont trouvé ça plutôt sympa, à condition d’être au moins trois à sortir les seaux et les planches de secours.

Vous savez peut-être à quel point sur le site on aime les jeux qui mélangent des genres qu’on n’aurait pas associés à première vue : ça donne rarement quelque chose d’agréable. À cheval entre le RPG et la simulation de gestion d’informations inspirée par Papers, Please, auxquels s’ajouteraient des affrontements au pinball (c’est à ce moment qu’on écarquille les yeux avant de froncer les sourcils), Karma City Police (PC) inquiète autant qu’il intrigue, mais il faut parfois faire preuve d’un peu d’audace dans ce métier (non-rémunéré) qu’est le journalisme amateur de jeu vidéo.

Chameneon (PC) opte, lui, pour la simplicité. Ce jeu de plateforme ramène le endless runner dans des niveaux définis, où un caméléon shooté au fluo glisse sur des tubes bleus, puis roses, puis doit alterner entre les deux pour éviter le crash. Un concept qui semble aussi simple qu’efficace.

On termine ce tour des sorties… du 16 décembre (eh oui, pas si vite) avec Milk outside a bag of milk outside a bag of milk (PC), suite du visual novel Milk inside a bag of milk inside a bag of milk et non je n’abuse pas du ctrl+F. Au programme de ce grand succès indé pourtant obscur, un récit tourmenté rythmé par des visions stylisées en pixel art noir et rouge très classe. L’héroïne du jeu de Nikita Kryukov a un pull avec le même symbole que Mae de Night in the Woods, ça ne peut être que bon signe.

Histoire de célébrer les fêtes sur une note d’angoisse, Christmas Massacre (17/12, PC) a préféré jouer la carte du slasher nous mettant dans la peau d’un tueur en série déguisé en père Noël qui reçoit ses ordres d’un sapin avec un visage. Image brouillée qui tressaute, graphismes grossiers, contrôles brouillons pour un jeu particulier : vous avez intérêt à savoir où vous mettez les pieds, en tout cas les amateurs de ce développeur spécialisé dans le concept sont ravis.

Bien moins violent, quoique ça dépende de quel point de vue on se place, Gardener’s Path (22/12, partout) nous donne pour mission de débarrasser les jardins sous-terrains, dernière source de vie sur/sous Terre, des insectes qui les envahissent. Un puzzle game où le beau geste prévaudra, car il faut terminer chaque tableau avec le moins de coups possibles. Pour les phobiques des mille-pattes qui aimeraient se venger sans danger.

Autres bestioles dans Mysteries Under Lake Ophelia (22/12, PC), qui reprend lui aussi l’esthétique 3D à gros traits de la PlayStation pour une partie de pêche dans une ambiance plus détendue, du moins jusqu’à l’exploration d’étranges cavernes souterraines. Peut-être l’occasion de retrouver une partie du charme de la série Boku No Natsuyasumi, jamais sortie en France, et dont on espère encore que la variation avec le turbulent Crayon Shin-chan nous parviendra un jour.

Parmi les jeux qui font un peu ce qui leur chante sur la boutique Steam, hormis les puzzles coquins, ceux proposés en free-to-play sont rois. Qui donc pouvait bien empêcher Martial Law (23/12, PC) de sortir juste avant Noël ? Personne. Grand bien en a pris à ce jeu narratif en pixel art situé dans une Pologne vivant encore son ère communiste. Un récit promis proche de la réalité de l’époque, avec ce qu’il faut de barres d’immeubles grisâtres. Il y a un chat, c’est déjà ça de pris.

Tout à fait déconnecté de la réalité (ou en tout cas issu d’une qu’on ne connait pas, sait-on jamais), FEWAR-DVD (31/12, PC) fait le choix du style. Aux commandes d’un cœur, on devra parcourir des labyrinthes jonchés d’épées à éviter, dash à foison. Rien d’exceptionnel a priori, mais la saturation des couleurs et des effets visuels cracra nous font espérer une chouette expérience arcade.

Arrivés en 2022, on s’est dit qu’il y avait encore de la place pour une poignée d’indés, alors on attaque ce dernier segment avec The Godkiller – Chapter 1 (01/01, PC), qui a l’air d’être un puzzle méta à base de cubes à bouger et de déplacements case par case en évitant la police. Ça se remarque sûrement, on n’a pas tellement compris comment ça fonctionne, mais l’instinct parle donc voilà, faîtes-en ce que vous en voulez.

Comme il en fallait bien, voici le jeu d’horreur Heaven Dust 2 (06/01, PC, devrait arriver sur Switch), qui a oublié toute inspiration pour son titre afin de l’injecter dans son gameplay, à savoir une réinterprétation de Resident Evil en vue isométrique. Des zombies lents, des énigmes avec des statues à déplacer… On est à la maison, et en plus c’est plutôt propre. On termine avec le troisième free-to-play de cette sélection (car on sait que les fêtes vous ont laissé sur le carreau), You Will (Not) Remain (07/01, PC), une invitation à rester chez soi avec son chien alors qu’une entité mi-démon mi-poulpe soumet le monde au-dehors. Tout le temps nécessaire, donc, pour se poser des questions existentielles ou jouer à la balle sur le toit de l’immeuble.

On espère que vous avez de quoi faire, si c’est pas le cas, vous faites vraiment aucun effort – et je ne peux même pas vous dire d’aller voir les sorties de la semaine qui arrive chez Zali, car on n’a pas trouvé grand-chose à lui mettre sous la dent. L’indé matin reprend sa formule habituelle la semaine prochaine !

Seastrom

C'est la Loire qui coule dans les veines de Seastrom, mélangée aux subtilités de la vaporwave. Possibilité de l'amadouer en lui parlant indés et D&D (Dreyer et Digimon).

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