Partie Rapide : Sunlight et A Comfortable Burden

Cette fois dans Partie Rapide, Noodles s’évade dans le monde coloré de Sunlight et Chloé vous parle de A Comfortable Burden, un joli jeu engagé au gameplay bancal.

Sunlight

Malgré la grosse déception qu’a été Mosaic, leur précédent jeu, la proposition de Krillbite Studio pour Sunlight m’a beaucoup emballé. Des graphismes peints à la main, une utilisation du son à 360° pour nous conter une histoire et une promesse de voyage calme et méditative, il ne m’en fallait pas plus pour m’intriguer. J’ai bien fait de me plonger dans cette courte expérience.

Balade champêtre

Sunlight est donc un petit projet de Krillbite. Un à côté qui vient garnir le catalogue du développeur norvégien, comme ils avaient pu faire avec The Plan, sorti juste avant leur premier gros titre Among the Sleep. Le studio nous propose une balade colorée et ressourçante de 30 minutes, rythmée par une narration audio à 360°. Pendant une demi-heure on se balade lentement dans une forêt joliment peinte à la main, avec un style inspiré du mouvement impressionniste. Le temps de l’expérience, de nombreuses voix différentes, les unes par-dessus les autres, associées aux nombreux arbres nous content une histoire philosophique malheureusement atteinte de ce que j’appelle désormais l’effet Tenet : une forme magnifique qui entoure un fond inutilement compliqué et d’autant plus que le jeu est intégralement en anglais, des voix aux sous-titres, non anglophones passez votre chemin.

Sunlight nous offre une ode à la vie, à l’humain et à la nature teintée, Krillbite oblige au vu de leurs créations, d’un message pessimiste amené plutôt maladroitement. Sans spoiler, ce message qui nous apparaît en fin de partie arrive comme un cheveu sur la soupe et on a du mal à bien comprendre pourquoi les développeurs ont pris cette décision. Connaissant désormais Krillbite, je sais que le studio tient à ses positions qu’elles soient politiques ou écologiques et qu’ils aiment faire passer des messages sur l’état du monde d’aujourd’hui ou sur des problèmes qui leur tiennent à cœur. Cependant, dans Sunlight, je ne vois pas d’autre explication que « Ah mince on a plus le temps d’amener correctement notre message pour éveiller les consciences ! Allez hop on le met là. » C’est dommage, mais cela n’enlève finalement rien à la qualité de l’expérience globale et, il faut quand même le dire, ce message arrive quand même à marquer les esprits.

ASMR meilleurs triggers de forêt 1080p binaural sound

La force de Sunlight, et ici cela ne plaira VRAIMENT pas à tout le monde, est son travail sur le son et l’immersion que cela amène. Dès le début du jeu, une voix, posée, au fort accent anglais et qui rappellera fortement celle de David Attenborough, débute la narration de l’histoire. Cette voix nous fait immédiatement rentrer dans le monde de Sunlight. Puis, à mesure que la forêt que l’on parcourt se dévoile, de nombreuses autres voix aux accents venant de divers pays viennent se superposer à la première. Chaque arbre de la forêt possède sa voix, pour nous faire ressentir ce monde immobile mais vivant que l’on traverse. En fonction de comment on se tourne, à quel arbre on fait face, les voix changent. On peut marcher en direction d’une voix d’homme à l’accent scandinave mais, celle d’une enfant sur notre gauche nous fait changer de direction. Dans notre dos, on a l’impression qu’une femme murmure l’histoire et on se retourne donc pour aller trouver l’arbre qui diffuse sa voix. Un procédé qui fait immédiatement penser à Hellblade : Senua’s Sacrifice qui a su mettre à profit la technique du son binaural (à 360°) avec brio tout au long de son aventure. Il est donc recommandé de jouer au jeu avec un casque.

Pendant que les nombreuses voix nous racontent l’histoire, l’Hymne des Chérubins de Tchaïkovski nous accompagne, renforçant ce sentiment général de bien-être et de parenthèse enchantée en cette période bien trop déprimante. Cette version de ce monument du compositeur russe est enregistrée par le chœur Kammerkoret Aurum dans le palais de l’archevêque de Trondheim en Norvège. Une excellente idée qui donne un résultat passionnant à l’écoute avec cette impression d’être physiquement dans une cathédrale, entouré d’un chœur en pleine répétition. Tout au long de ces 30 minutes je me suis senti apaisé et la musique magnifique n’y est pas pour rien.

Sunlight a été testé sur PC via une clé fournie par l’éditeur.

Ce petit projet de Krillbite Studio n’a rien de vraiment ambitieux, mais les développeurs ont profité de ce fait et donc de la non pression que cela entraîne pour s’essayer à de nouvelles choses, comme le son 3D et la patte graphique si particulière. En découle un petit jeu vidéo qui vient apaiser les esprits et proposer une parenthèse pleine de douceur et de couleur dans ce monde gris que l’on connaît actuellement. Si vous cherchez à vous évader un peu, je ne peux que vous conseiller Sunlight qui en plus ne coûte que quelques euros sur PC.

A Comfortable Burden

«La charge mentale est l’accumulation excessive sur une même personne de devoir : anticiper, organiser et effectuer les tâches ménagères. Mais aussi de gérer les imprévus en plus des autres responsabilités quotidiennes (travail, vie sociale, etc).» Voici comment le studio français Otterways définit ce concept, nouveau dans sa nomination, mais malheureusement bien plus ancien dans sa pratique. C’est également le thème de A Comfortable Burden, qui s’engage à dénoncer cette pratique misogyne ancrée dans les mœurs.

Un jeu engagé

A Comfortable Burden est un jeu de gestion très court (environ 45min) basé sur le thème de… la charge mentale, donc. Impossible de passer à côté de ce terme début 2021 tant la charge mentale fait parler d’elle, que cela soit de façon positive (la remise en question de la répartition des tâches dans le foyer), ou abordée avec une mauvaise volonté souvent masculine («gnigni mais si j’ai fait la vaisselle la semaine dernière»). A Comfortable Burden précise, dès le début, que la charge mentale touche plus spécifiquement la femme dans les couples hétérosexuels. Et le jeu semble savoir précisément de quoi il parle : en effet, les créateurs sont en fait des créatrices (donc potentiellement dans une relation hétérosexuelle, où l’on peut le plus parler de charge mentale).
Le but du jeu sera de réaliser toutes les tâches ménagères demandées en 45 secondes, sans quoi vous devrez recommencer le niveau. Niveau qui est divisé en deux temps : un premier temps où vous jouez Monsieur Loutre, avec une courte liste de choses à faire (sortir les poubelles, nettoyer la table, faire le lit), puis vous incarnez Madame Loutre, qui, dans le même temps imparti, doit finir toutes les tâches ménagères à faire, bien plus nombreuses que celles de Monsieur Loutre. Rythme qui évolue soudainement à la moitié du jeu, changement que je ne vous révèlerai pas pour garder un peu de surprise.

Liste de Monsieur Loutre
La liste, bien trop courte, de Monsieur Loutre.

A Comfortable Burden est, de plus, un jeu mignon, aux couleurs pastel bien choisies tout en reflétant une vérité sociale qui est probablement celle de vos parents, de vos voisins, de vos amis, celle de votre couple. Et c’est ce que j’ai aimé dans le jeu : le ton engagé. Chaque nouvelle idée est justifiée ou justifiable.

An uncomfortable gameplay

A Comfortable Burden ne pèche donc pas dans son propos, mais bien dans son gameplay. Ce petit jeu de gestion est particulièrement difficile… et, me diriez-vous, peut-être est-ce pour mettre en avant son propos ? Alors oui… et non. Oui à travers l’utilisation du chronomètre : vous n’aurez aucun problème à finir les tâches de Monsieur Loutre, alors que réussir le niveau de Madame Loutre sera plus compliqué. La femme pense à tout, elle doit tout faire, et malheureusement, une journée ne suffit pas (ici 45 sec). Mais le problème du jeu, ce n’est pas le timer mais bien le gameplay très bancal. Les déplacements sont approximatifs, les actions également : il faut par exemple se placer EXACTEMENT devant l’objet pour pouvoir effectuer la tâche. On se retrouve donc parfois, pendant de longues secondes, à appuyer sur la barre espace et à bouger dans tous les sens pour que notre personnage décide enfin de faire ce qu’on lui demande de faire. [Pour cet article, votre rédactrice a testé le ménage en patin à roulettes, cela ne s’est pas bien passé].
Est-il possible que ce gameplay soit délibérément bancal pour justifier son propos (= agacer pour dénoncer l’agacement face à la charge mentale) ? Oui. Mais j’ai du mal à penser que c’est comme ça que l’on doit construire un jeu. Comme un The Last of Us qui essaie de dénoncer la violence en faisant naître un sentiment de dégoût chez le joueur, A Comfortable Burden n’avait pas besoin de proposer un gameplay désagréable pour servir son propos, puisque le message est déjà bien assez clair. Cette décision maladroite de la part du studio laissera donc malheureusement, je le pense, un arrière-goût amer et un mauvais souvenir du jeu.

Echec du niveau

Autre chose : on ne peut PAS SAUVEGARDER (j’ai appuyé plusieurs fois sur la touche «abandonner» au lieu de la touche «réessayer» et spoiler : j’étais pas très contente), dans A Comfortable Burden. Prévoyez donc 1h de votre temps sans quoi vous devrez tout recommencer.
Quand même, il est bien dommage de se prendre les pieds dans le tapis de la salle de bain (probablement parce que Monsieur Loutre ne l’a pas bien rangé) alors que le jeu a tout pour nous faire passer un moment à la fois agréable par ses couleurs et son design, et instructif.

A Comfortable Burden a été testé sur PC via une clé fournie par l’éditeur.

En résumé, A Comfortable Burden est un jeu plein de bonnes intentions mais maladroit dans son gameplay. Malgré des imprécisions assez agaçantes, les démarches de Otterways sont à soutenir (en plus du fait qu’il s’agit d’un studio français qui m’a l’air fort sympathique). Je vous encourage tout de même à vous le procurer pour le très petit prix de 2.99€ sur Steam (et la moitié des bénéfices est versée à Women in Games).

Chloé
Chloé

Gameuse padawan depuis que j'ai découvert Céleste, j'espère un jour avoir le titre de maître Jedi grâce à TPP.

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