Partie Rapide : Steins;Gate Elite et The Textorcist

Cette fois-ci, dans Partie Rapide, Zali vous présente Steins;Gate Elite, revisite moderne d’un des Visual Novel les plus légendaires des années 2000, et Shift vous présente The Textorcist : The story of Ray Bibbia, jeu nerveux au gameplay assez spécial.

Steins;Gate Elite

Je ne vais pas ici vous faire un étalage en long en large et en travers de la présentation de l’univers de la série de Visual Novel Science Adventure de Chiyomaru Shikura, pour la simple et bonne raison que je l’ai déjà fait. S’il fallait retenir quelque chose de cette foisonnante série de Visual Novel mélangeant hard science, situations loufoques et ambiance conspi-paranoïaque, ça serait incontestablement l’extraordinaire Steins;Gate, qui a depuis été décliné en suites, animés, films, pièce de théâtre, romans et j’en passe. Une véritable oeuvre culte de la pop culture japonaise, qui nous revient aujourd’hui dans un remake particulièrement original dans sa forme.

Dessin Presque Animé

Loin du passionnant mais très austère Visual Novel sur PSP de 2009, le grand public a découvert les aventures de Daru, Mayuri et Okabe le savant fou autoproclamé en lutte contre les magouilles spatio-temporelles du CERN via l’adaptation animée de 2011. Cette dernière, classée dans le top 10 des animés préférés de la communauté otakue depuis des années, a un peu fait oublier les graphismes bizarres et le rythme très mou de l’oeuvre originale.

Après avoir mené énormément d’autres projets, Chiyomaru Shikura s’est lancé dans une revisite de son grand classique toujours via le studio 5pb, avec l’ambition assez solide de « réaliser une évolution dans le domaine stagnant des Visual Novel ». Et après des années de travail, de coupe et de concessions, Steins;Gate Elite arrive, avec une forme hybride entre l’aventure textuelle classique et le dessin animé.

Steins;Gate Elite
NDLR : si si ça reflète le produit final ne vous en faites pas.

En effet, le jeu reprend l’histoire du VN originel, mais troque les illustrations d’origine par des phases en animation limitée intégralement doublées. Comme il aurait été impossible de produire 50 heures d’animation pour couvrir l’intégralité des séquences du jeu, 5Pb a procédé autrement. Le jeu est constitué d’images de l’animé de 2011 du studio White Fox, réagencées et remontées pour correspondre au rythme d’un Visual Novel, ainsi que de séquences spécialement créées pour couvrir les moments du jeu que le dessin animé n’adaptait pas. Un travail de titan de copier/coller, de remontage et de réécriture des séquences qui prouvent le talent immense de Chiyomaru Shikura pour la mise en scène vidéoludique, même avec des moyens expérimentaux et limités.

La meilleure façon de découvrir le jeu Steins;Gate en 2019

Steins;Gate Elite est un objet étrange, entre dessin animé et Visual Novel. Bizarre, d’accord, mais ça marche. L’aventure gagne en rythme et en dynamisme par rapport à la version 2009, et même si le format retenu (dessin animé un peu interactif) oblige les auteurs à un certain nombre d’impasses et de coupes, l’ensemble est tout de même plus long et plus travaillé que l’animé. En fait, Steins;Gate Elite est sans doute en 2019 votre meilleure porte d’entrée vers Science Adventure si vous souhaitez vous lancer dans cet univers vertigineux sans vous prendre les pieds dans le tapis façon « je commence Kingdom Hearts par le III ».

Steins;Gate Elite 2Attention cependant, Steins;Gate Elite, au-delà du génie de certains moments de son écriture, reste un Visual Novel extrêmement sobre dans ses mécaniques, le gameplay se résumant pour l’essentiel à choisir de répondre ou non au téléphone à certains moments-clés de l’intrigue, et à naviguer dans des menus pour avoir quelques éléments d’information sur l’univers du jeu. Vous passez parfois une, deux, trois heures à vous faire narrer l’histoire sans intervenir directement. Si ce genre d’expérience vous rebute et si l’interactivité est au cœur de ce que vous recherchez dans un jeu d’aventure, préférez la série des Danganronpa, qui mettent davantage le gameplay au cœur du propos.

Mais si en revanche vous vous sentez prêts à vous lancer là-dedans ou à revisiter ce grand classique, sachez qu’au-delà des efforts de mise en scène et de réalisation admirables, 5pb a également fait un travail impeccable sur l’interface, les menus, le système de sauvegarde, et même l’accessibilité (possibilité de modifier la taille des caractères et leur vitesse de défilement). De plus, l’ajout d’un mode automatique vous permet de laisser le jeu avancer à votre place, comme si vous étiez totalement devant un dessin animé : vous n’aurez qu’à intervenir à quelques moments-clés et à vous laisser bercer le reste du temps. En somme, tout est fait pour que vous puissiez découvrir Steins;Gate dans les meilleures conditions pour peu que vous parliez correctement anglais, le jeu n’étant toujours pas localisé en français et abordant souvent des notions assez complexes. La catchphrase de cette version du jeu est « Ready to Play The Anime ? » et 5pb a mis les petits plats dans les grands pour que vous ayez réellement cette sensation. On aimerait que tous les portages et tous les remakes aient cette élégance.

Un tout petit peu moins élégant…
Signalons tout de même, car ces choses-là comptent aussi, que Steins;Gate Elite est vendu pour la coquette somme de 55€ (c’est plutôt cher pour ce type de produit), ce qui serait davantage acceptable si le jeu était livré dans son intégralité. En effet, la version Switch comporte un mini jeu bonus exclusif, tandis que les versions PS4 et PC contiennent un DLC inédit. Des pratiques mesquines de contenu exclusif à tel ou tel support qu’on aimerait voir cesser.

 Steins;Gate Elite est un excellent Visual Novel à mi-chemin entre l’aventure textuelle classique et le dessin animé interactif. C’est surtout la version ultime d’un titre culte de 2009, et à ce jour la meilleure façon de plonger les deux pieds dans les délires parano-scientifiques de la série Science Adventure. Le projet de Chiyomaru Shikura de créer un objet à mi-chemin entre le jeu et le dessin animé est mieux réussi que la plupart des tentatives du genre, en partie grâce à son talent de metteur en scène et au travail impeccable fourni par le studio White Fox. Une chaude recommandation de ce début d’année.

The Textorcist : The story of Ray Bibbia

Année 199x, nous indique la cinématique d’intro. La Sainte Église contrôle une Rome livrée au crime et à la violence, mais Ray Bibbia, un exorciste radié de l’ordre, arpente les rues, prêt à en découdre avec les démons. Et Ray passe une sale journée, qui commence dès la première minute de jeu quand un malfrat tente de le racketter, pour enchaîner presque sans transition sur une longue, très longue série d’exorcismes.

Des mitres et des lettres

The Textorcist est un mélange de deux genres aussi difficiles qu’a priori peu compatibles. Au premier abord, on semble avoir affaire à un Shoot’em up à tendance Bullet Hell : notre personnage est face à un ou plusieurs adversaires qui le bombardent de projectiles et avant même de penser à riposter, la première difficulté reste d’esquiver les balles qui recouvrent l’écran. Mais le deuxième aspect du jeu, le Typing game, se manifeste au moment de contre-attaquer puisque comme tout bon exorciste, Ray Bibbia combat le démon à coup de prières, qu’il faut taper au clavier de la main gauche, tandis que l’on manœuvre aux flèches directionnelles notre personnage de la main droite. Et l’entreprise s’avère être aussi difficile qu’elle en a l’air.

Chaque exorcisme se découpe en plusieurs phases, aux patterns évidemment de plus en plus compliqués, auxquels vont s’ajouter de plus en plus de contraintes au fil du jeu. Dans les premiers niveaux, Ray ne peut pas perdre de points de vie (au nombre ridicule de trois) tant qu’il porte sa bible, qu’il lâche au moindre coup porté par l’adversaire. Une jauge se déclenche alors, et la phase en cours est réinitialisée si la bible n’est pas récupérée à temps. D’autres joyeusetés s’ajouteront plus tard, comme des textes en latin, des lettres mélangées ou des prières sataniques qui viennent s’intercaler au milieu d’une phrase. The Textorcist est sans concession dans sa difficulté, avec son faible nombre de points de vie, l’impossibilité de se soigner, la multitude de projectiles à l’écran et son absence totale de checkpoints entre les phases d’un exorcisme, qui finissent par être particulièrement longues et éprouvantes. À noter tout de même qu’il est possible de jouer à la manette, les lettres ne sont donc plus tapées au clavier, mais choisies avec les gâchettes. Cette configuration est nettement plus simple et fait clairement office de mode facile, mais devient très vite lassante et répétitive et n’a pour intérêt que d’atteindre rapidement la cinématique de fin.

Bien qu’impitoyable (peut-être à l’excès, mais je ne suis pas très bon), The Textorcist bénéficie d’un gameplay solide et chaque nouvel exorcisme apporte son lot de nouveautés, exploitant son concept jusqu’au bout. Les développeurs ont l’air même si fiers de leur idée qu’ils poussent la blague jusque dans les scènes de narration et les menus, où le joueur se retrouve à taper chacune de ses actions. Il faudra écrire « Continue » dans le menu principal pour lancer le jeu, « Talk », « Journal » ou encore « Sleep » pour faire avancer le scénario. Cet aspect du jeu est plutôt marrant dans les premières scènes, mais finit par très vite tourner en rond, jusqu’à devenir exaspérant quand il s’agit de refaire les mêmes scènes et les mêmes actions.

Christ au clavier

Malheureusement, les développeurs de chez Morbidware ne semblent avoir misé que sur cette mécanique. Visuellement, on est face à un pixel art d’assez bonne facture, il faut l’admettre, mais au design trop souvent fainéant, quand il n’est pas carrément laid ou kitsch. Les décors et personnages sont pour la plupart franchement génériques, on passe de la maison à la rue, l’église ou la salle de concert, avec toujours le minimum syndical de détails et des occupants aux visages peu marquants. Dommage.

Moi aussi je deviendrais ronchon avec une maison aussi terne.

Côté écriture ce n’est pas beaucoup mieux, les blagues sont éculées et ne fonctionnent que rarement, on enchaîne les jeux de mots nuls (même selon mes standards) et les poncifs habituels et pas drôles sur les femmes, les vegans ou les métalleux. L’humour passe de blagues sexistes à des railleries sur Ray qui est un vieux réac, en passant par des références de pop culture forcées ou juste des vulgarités, parce que dire des gros mots c’est rigolo ! Les vannes semblent tirées au hasard dans un chapeau, le seul lien étant qu’elles ne fonctionnent pas. La faiblesse de l’écriture n’est pas non plus rattrapée par le scénario, lui aussi très convenu, à base de complots, trafics d’humains et twists familiaux.

Les scènes narratives entre chaque exorcisme peinent à raconter une enquête autour des agissements d’une église corrompue par les démons, dont on devine le dénouement dès le deuxième niveau. Pour en finir avec les questions qui fâchent, j’ai eu le profond déplaisir de retrouver GosT à la bande-son (qui m’avait déjà torturé lors de la première partie d’un concert de Carpenter Brut), qui livre ici une copie faiblarde d’Hotline Miami avec son metal-synthwave option maux de crâne.

The Textorcist est un jeu difficile, au concept sympa et globalement bien exploité, mais sans le moindre effort de fait pour le rendre un tant soit peu attirant. Le titre de Morbidware est une preuve de plus (s’il en fallait encore) qu’une bonne idée ne suffit pas à faire un bon jeu. Je n’aurais pas craché sur un peu plus de soin dans la réalisation, quelques checkpoints, options et menus, bref, quelques détails qui auraient pu lui donner un aspect un peu plus fini et surtout, sur une écriture digne de ce nom. Restent malgré tout ces exorcismes épiques et victoires grisantes, que tout cet emballage terne ne parvient pas à gâcher.

Shift
Shift

Camélidé croisé touche de clavier et militant pro-MS Paint. J'aime les jeux indés à gros pixels, les platformers sadiques et les énigmes.

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