Partie Rapide : Shelter 3 et Hitchhiker

Cette fois-ci dans Partie Rapide, Zali vous parle du simulateur de troupeau d’éléphants Shelter 3 et Murray du mystérieux Hitchhiker.

Shelter 3

Shelter 3 est, comme son nom ne l’indique pas, déjà le cinquième jeu d’une série du studio suédois Might and Delight, qui vous propose de vous mettre dans les pas d’animaux sauvages en quête de survie dans des décors entre low poly et couverture en patchwork. Des jeux au rythme généralement assez lent, oscillant entre tendresse et cruauté, et misant sur un design environnemental et sonore pour compenser une narration généralement minimaliste. Si la série est par essence clivante, elle a su se créer depuis une dizaine d’années une petite communauté de joueurs à la recherche d’expériences différentes. Hélas, Shelter 3 est peut-être le moins réussi de la série.

Outrun avec un troupeau de 33 tonnes

Shelter 3 vous propose cette fois-ci d’incarner la matriarche d’un troupeau d’éléphants, devant mener les siens à bon port lors d’un voyage riche en possibilités, tout en s’assurant à la fois de ne perdre personne en route, et de trouver tout au long du voyage à boire et à manger pour tout le monde, le tout en évitant au maximum les nombreux prédateurs de la savane.

Le (tout petit) open world qui constitue le jeu ne vous laissera pas beaucoup vous tromper (héhé, éléphant, tromper, vous l’avez ?), puisque pour l’essentiel, votre mission sera d’avancer de zone en zone en choisissant divers embranchements mis en scène par des scènes d’hallucinations quasi religieuses, donnant des indications à notre éléphante sur le chemin le plus opportun à suivre. Mais quoi que vous choisissiez dans cette version très nature de Outrun, vous vous retrouverez fatalement face à des dangers, qu’il s’agisse de zones infestées de prédateurs, de déserts où il est impossible de se désaltérer ou de plaines où la nourriture est rarissime. Une de vos rares manières d’influer sur le parcours sera d’ailleurs de décider quand se cacher, quand boire et quand manger, le tout en essayant de garder uni votre troupeau, ce qui est, hélas, surtout rendu difficile par la maniabilité assez calamiteuse du titre.

Shelter 3 landscape

Car certes, on incarne ici un troupeau d’éléphants, mais était-il absolument nécessaire de donner des commandes au jeu qui donnent l’impression de déplacer des pâtés de maisons entiers ? Que l’on avance, recule, coure, boive, mange ou pivote, tout prend de longues secondes, et s’avère imprécis au possible, forçant parfois à manœuvrer son personnage comme si c’était un camion plutôt qu’un mammifère. Pire encore : pour peu que le joueur appuie par erreur sur une touche d’action à un moment inapproprié (par exemple essayer de boire quand il n’y a pas d’eau), le personnage va s’immobiliser pendant plus de dix secondes pour échouer à produire l’animation souhaitée avant de redevenir jouable. Un inconfort qui gâche complètement le plaisir de jeu.

Vous ne me faites barrir

Il en résulte un jeu dont toute la charge émotionnelle est gâchée par des commandes raides et peu instinctives, a fortiori quand on commence à arriver dans des zones véritablement dangereuses, et qu’on constate amèrement que le pathfinding du reste du troupeau ne suit pas du tout : vos compagnons font absolument n’importe quoi, et sont encore plus incapables que vous d’escalader un talus de 50 centimètres, préférant percuter les murs comme s’il n’y avait pas de lendemain. Pour un jeu jouant la carte de l’attachement et des émotions universelles, on est un peu trop proche du simulateur de conduite en état d’ébriété. Ajoutez à ce tableau pas spécialement reluisant que chaque run se finit en moins d’une heure et que la rejouabilité n’apporte rapidement plus de vraie surprise, et vous avez le prototype du jeu indé moyen, pas infect mais hélas bien vite oublié.

On gardera tout de même au crédit de Shelter 3 une ambiance visuellement superbe, avec des environnements magnifiques, un certain sens de la mise en scène et une volonté manifeste de proposer une expérience sensorielle rarement effleurée par les jeux vidéo, y compris dans le domaine des expériences indés arty. Dommage qu’en comptant les épisodes Paws et Meadow situés entre Shelter 2 et 3, on commence à avoir compris où le studio voulait en venir et on se demande s’il ne serait pas temps de changer un poil l’approche ou de dépoussiérer un tantinet le gameplay.

Shelter 3 vision

Shelter 3 a été testé sur PC, via une clé fournie par l’éditeur.

Le principal souci de Shelter 3, c’est que s’il est vraiment très joli, le reste laisse tant à désirer qu’il est difficile de ressentir le moindre attachement à ce troupeau d’éléphants bousculé par les épreuves de la vie. Quand l’émotion et l’empathie constituent le principal axe ludonarratif d’un jeu et que le joueur est en permanence en train de faire faire des créneaux à des animaux désorientés plutôt que de ressentir des émotions, le résultat final ne peut que laisser dubitatif.

Hitchhiker

Je ne sais pas si c’est à cause de certaines de mes lectures et visionnages de films sur le sujet, mais le concept d’auto-stop me donne une peur bleue. Faire rentrer quelqu’un d’inconnu dans son véhicule ou, pire encore, rentrer dans le véhicule de quelqu’un, cet espace si étroit… j’en frissonne rien que d’y penser. Pourtant c’est bête, personne ne va s’attaquer à vous alors que vous êtes dans un objet roulant à 100 km/h et plus. Non, la personne attendra plutôt la nuit lors d’un arrêt sur une aire de repos déserte et… bon passons, il faut que je vous parle de Hitchhiker des Allemands de chez Mad About Pandas. Un jeu qui m’a presque réconcilié avec le concept d’auto-stop. Je dis bien “presque”…

Le voyage intérieur

Et pourtant, tout commence avec une bonne dose de mystère. Votre personnage se réveille sur le siège passager d’une voiture roulant dans ce qui ressemble à la campagne américaine, avec ses champs de blé à perte de vue. Manque de bol, vous ne vous souvenez ni de votre nom, ni de ce que vous faites vraiment ici. Même votre sac à dos n’est pas d’une grande aide, ne contenant qu’une brosse à dent. Mais cela ne semble pas déranger Vern, votre très gentil conducteur du jour avec sa petite casquette et sa moustache de père d’un film Pixar. C’est en discutant avec lui que vous allez rapidement vous rendre compte qu’il en sait sans doute plus sur vous que vous-même et surtout que ce voyage n’est pas vraiment comme les autres… et je vais m’arrêter là parce que je m’en voudrais d’en dévoiler plus.

Ce que je peux vous dire en revanche, c’est que votre aventure, qui s’étale sur 3 heures, vous fera voyager à bord de 5 véhicules avec à chaque fois un chauffeur différent. Des compagnons de route qui ont tous une histoire à raconter (parfois même sous forme de contes joliment animés) et des choses à vous faire découvrir : on touche ici à la grande réussite du jeu dont la seule ombre au tableau sera le dernier conducteur, un peu en deçà des autres et qui amène à une fin malheureusement un peu rushée, il faut l’avouer.

Que l’on est bien dans ces voitures à écouter les récits de nos compagnons, leurs embardées philosophiques, leurs histoires parfois banales, parfois extraordinaires. Les doublages sont plus que réussis, les dialogues intéressants, n’hésitant pas à jouer avec les longs silences. Le jeu propose même des moments de pure détente. Ces pauses dites “panoramiques” permettent juste de profiter du décor qui défile. On aimerait pouvoir ouvrir la fenêtre du véhicule et sortir un bras pour lutter contre le vent. Comme un certain membre de la rédaction le rappelait dernièrement, prendre son temps c’est bien aussi parfois.

Image du jeu Hitchhiker
Les paysages sont réussis et jolis mais rien ne vaut cette moustache.

Bon c’est bien beau les belles aventures mais y a du gameplay au moins dans Hitchhiker ? Alors oui, mais ne vous attendez pas à la révolution vidéoludique du siècle. Déjà, il n’y a aucun déplacement dans le jeu, puisque vous êtes toujours sur le siège passager d’une voiture (enfin sauf 2, 3 petites exceptions mais qui ne changent pas grand-chose au fond). Votre seule possibilité est de bouger la tête pour trouver des éléments avec lesquels interagir : une boite à gants, votre sac à dos, un pare-soleil. Cela vous sera parfois utile pour trouver des informations et résoudre les quelques (pas vraiment difficiles) énigmes du jeu. Quant aux discussions qui constituent l’essentiel de votre aventure, vous avez bien régulièrement le choix dans votre réponse, mais cela n’a vraiment d’influence que sur la réponse du conducteur et pas sur le reste de l’histoire.

Je vais prendre ce dernier paragraphe pour vous conseiller deux choses si vous vous lancez dans cette aventure. D’abord, mettez les sous-titres en anglais, la traduction française étant loin d’être parfaite et pouvant même causer quelques incohérences. Ensuite, n’hésitez pas à prendre votre temps et ne pas enchaîner toutes les histoires. Même si elles sont toutes liées, les histoires de Hitchhiker peuvent se voir aussi comme un bon recueil de nouvelles, à savourer tranquillement, une par jour avant d’aller se coucher.

Image du jeu Hitchhiker
Comme je le disais, il y a quelques exceptions aux phases en voiture.

Hitchhiker a été testé sur PC via une clé fournie par l’éditeur. Il est aussi disponible sur Nintendo Switch, PlayStation 4, Xbox One et même Apple Arcade.

Alors que j’espérais avec Hitchhiker trouver un jeu d’énigmes original à bord d’une voiture, je suis tombé sous le charme de ses histoires, brillamment contées. Sa conclusion n’est pas aussi parfaite que je l’espérais, mais vous connaissez la formule avec ce genre d’histoires : l’important c’est le voyage, pas la destination.

zalifalcam
zalifalcam

J'aime les jeux double A, les walking simulateurs prétentieux et les JRPG, et plutôt que de me soigner, j'écris à leur propos.

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