Heaven’s Vault – L’Aventurière du GOTY perdu

Avec l’âge et mesurant régulièrement toutes les lacunes de ma culture jv, j’ai mis en place un petit programme : une liste de jeux à faire, par ordre d’envie, sans date limite à respecter et prête à être bousculée par l’arrivée d’une critique à écrire ou d’une envie soudaine à satisfaire. Cette année, j’ai pu ainsi m’essayer à pas mal de titres, d’un désir de gosse rattrapé (Dragon Ball : Advanced Adventure, joli mais nul) à la tentative de me mettre à un genre en commençant par la base (le FPS au clavier-souris avec Half-Life, et ce ne fut pas concluant) mais intégrer TPP a permis d’élargir mon champ d’intérêt sur un paquet de productions qui passent facilement sous les radars – et il en reste. Si le premier test rédigé pour le site m’a confronté à une ancienne frustration de fan européen, faisant de Tales of Vesperia le jeu que j’ai le plus apprécié cette année (bien qu’il soit un remaster et que je ne le considère pas comme sorti en 2019 – pas d’article GOTY, donc), j’ai pu me frotter à une expérience des plus singulières avec Heaven’s Vault.

Le dernier jeu du studio anglais Inkle, qu’on loue déjà pour le merveilleux 80 Days et sa relecture steampunk de Jules Verne, a en effet tout du coup d’éclat. Retournant l’image de l’archéologue, à cheval entre vieux moustachu recouvert d’une couche de poussière et Indiana Jones, en une jeune femme passionnée d’histoire ET casse-cou,  Heaven’s Vault tient solidement sur ses deux fondations : une idée de gameplay neuve, profonde et pourtant simple d’accès, et un univers envoûtant.

Archéologue, Aliya est surtout une spécialiste des inscriptions et pratique l’épigraphie : elle étudie les signes et en cherche la signification. Ça tombe bien, le monde d’Heaven’s Vault, fait d’îles flottantes dans l’espace de la Nébula, reliées par des courants de vents, est amnésique et personne ne semble au courant du passé commun qui relie ses habitants. En jeu, cela se traduit par l’exploration de lieux à la recherche d’indices sur cette histoire oubliée et via sa langue. Chaque signe voit ses contours se préciser à chaque rencontre dans un contexte différent, et plus on en apprend sur cette langue, plus le vide qu’elle recouvre s’élargit, se concrétise : on sait avec certitude ce que l’on ne sait pas et qu’il va falloir s’enfoncer plus en avant dans son incompréhension pour définir une possible histoire. Le fonctionnement de cette mécanique de traduction reste pour autant très accessible et son évolution va se faire avec fluidité, pour peu qu’on maîtrise l’anglais (avec un dico bilingue sous la main, me concernant).

D’un point de départ banal (la recherche d’un scientifique disparu) et d’une base de connaissance nulle (le vocabulaire de cette langue disparue est inconnu de tous) va se déployer une fable épique qui, nourrie de quelques signes trouvés sur un vase ou du choix d’explorer cette île recouverte par la brume dans un bras reculé des Rivières de vent, va influer sur notre lecture du passé et s’étendre jusqu’au vertige. C’est précisément là, au sein de cet univers d’inspiration orientale, au son toujours magique du violoncelle (rien n’a changé depuis Journey) de l’enivrante ost de Laurence Chapman, que se trouve ce qui fait de Heaven’s Vault un jeu marquant de 2019, ce pas qui sépare un simple mot d’une chose aussi incommensurable que l’Histoire et qui remet les choses qui nous entourent dans une perspective nouvelle, un œil neuf.

Heaven’s Vault arrive sur Switch l’an prochain, plateforme qu’a rejoint son grand frère 80 Days plus tôt cet automne. Ça vaut peut-être le coup d’attendre, histoire de rater encore un peu plus longtemps son arrêt de bus ou de métro.

Seastrom
Seastrom

C'est la Loire qui coule dans les veines de Seastrom, mélangée aux subtilités de la vaporwave. Possibilité de l'amadouer en lui parlant Dreyer et Digimon.

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