Preview : Baldur’s Gate 3

Il est dur de ne pas avoir été excité par la perspective d’un Baldur’s Gate 3 par Larian Studios. Créateur de deux jeux devenus rapidement indispensables, tout s’annonçait donc pour le mieux pour la suite de la franchise iconique. S’il est dur de donner un avis définitif sur une early access aussi early que celle-là, avec ses bugs, ses problèmes d’animation, ses dialogues qui sautent, elle donne tout de même un aperçu de ce qui pourrait être lors de la sortie finale, même si nous ne sommes pas à l’abri de changements plus ou moins drastiques. Et malheureusement, aussi enthousiaste que je l’étais à la base, malgré tout mon amour pour les Divinity : Original Sin, tout ce que je n’aime pas dans Baldur’s Gate 3 tient au fait que c’est Larian qui le fait.

Après une cinématique aussi belle qu’horrifiante, nous voilà plongés dans la zone de tutoriel. Il s’agit d’un vaisseau de Mind Flayers, dont il faudra s’enfuir puisque ceux-ci nous ont mis une espèce de ver dans le cerveau, dont le but final est de nous transformer en l’un d’entre eux. Heureusement pour nous, notre métamorphose semble mystérieusement en suspens et nous laisse le temps d’espérer trouver un remède à notre mal. C’est donc après une évasion réussie qu’on se retrouve sur une plage et que les ennuis commencent, aussi bien pour le personnage que pour le joueur.

Ca commençait pas trop mal…

Mais avant de rentrer au cœur du problème, il s’agirait de parler de la création de personnage. Car celle-ci est impressionnante, avec ses options de personnalisation avancées (même si tout n’est pas encore présent), et ses graphismes bien plus beaux que ce à quoi je m’attendais. Cela s’explique par le fait que Larian ait scanné des visages de gens de la réalité véritable, d’âges et d’ethnies différents, pour rendre compte de la diversité et éviter de se retrouver encore une fois avec un personnage avec un visage européen basique et une couleur de peau foncée irréaliste. S’il reste encore des efforts à faire, cet article en parle bien mieux que moi, Larian semble donc sur la bonne direction de ce côté-là. Rien à redire également sur le choix de la classe et de la personnalisation de celle-ci, le studio a repris ce qui pouvait se faire dans Divinity : Original Sin et si l’on passera du temps dessus, c’est uniquement parce qu’elles ont l’air toutes cools et qu’on veut toutes les tester, et non pas parce que faire des choix au niveau de sa classe requiert de lire un livre de règles entier pour être sûr de ne pas faire un perso faible et peu optimisé.

Personnage-joueur de Baldur's Gate 3, tieffelin à la peau violette avec des yeux violets.

Une fois son superbe personnage en main, et le tutoriel passé, il est temps de se lancer dans l’aventure proprement dite. Premier problème : l’animation pour le moins rudimentaire rend compliqué de se plonger dans les dialogues. Mon personnage gardait constamment un sourire ironique et mystérieux, qui tranchait parfois horriblement avec ce qui se disait. Mais c’est une early access, c’est à prévoir, on passe outre. Autre point qui plaira ou ne plaira pas, lorsqu’une option de dialogue nécessite un jet, un dé se matérialise sur notre écran, sur lequel on doit cliquer pour le lancer et le résultat s’affiche en gros sous nos yeux. Je trouve ce choix un peu dommage, puisque l’on a tous les détails de ce qui se passe en arrière-plan, ce qui brise complètement l’immersion, et mon instinct essaie de me pousser à relancer ma sauvegarde dès que je rate quelque chose. Il n’est pas aidé par le fait qu’il semble n’y avoir que deux options possibles à chaque fois : réussir son jet ou tuer des personnes parfois innocentes, qui sont victimes de l’incapacité de votre personnage à s’exprimer convenablement. Essayant comme toujours de jouer un personnage bon, ce déroulement était pour le moins déroutant, m’ayant même poussée à devoir tuer un personnage important. Je ne m’attendais pas à infliger la mort à chaque fois que je bafouillais mais pour le moment en tout cas, c’est ce que Baldur’s Gate 3 m’a obligée à faire.

… Mais ça a vite dérapé

Qui dit tuer des gens dit combat car tout de même, ils se sont défendus. J’étais personnellement dans le camp du tour par tour car le temps réel avec pause me semble toujours très brouillon et rend fastidieux de jouer un lanceur de sort. J’ai cependant vite déchanté, puisque Baldur’s Gate 3 suit les règles de D&D 5ème édition, ce qui veut dire un déplacement, une action et éventuellement une action bonus par tour. J’ai eu du mal à rendre utiles les actions bonus, ce qui me laissait avec mon déplacement et mon unique action autorisée sur la plupart de mes tours. Ca n’aurait pas été un problème aussi grand si nos personnages n’avaient pas tendance à rater constamment tout ce qu’ils entreprennent, au point de faire pâlir de jalousie les soldats maladroits de XCOM. Au début, on se dit que c’est cool comme système, ça va plus vite, pouvoir jeter des gens du haut des falaises est cool, leur jeter des choses diverses et variées au visage aussi, mais lorsque les ennemis se multiplient, tout devient interminable. On rate tout, les classes ne sont pas égales niveau puissance, et ça s’éternise, au point qu’après la plupart des combats, je voulais juste fermer le jeu et faire autre chose de ma soirée. On soulignera tout de même que le jeu laisse une grande liberté d’approche, avec la possibilité de déplacer et stacker les objets sur la carte, les différents passages dans chaque zone, les hauteurs disponibles… Même si ma stratégie de base était souvent de sacrifier Shadowheart en la laissant avec tous les ennemis et de mettre en hauteur tous les autres pour les bonus de dégâts, avec option pousser un ennemi du haut de son perchoir si c’était possible.

Zone de combat de Baldur's Gate 3, avec le groupe du personnage joueur et un bug de texture du sol.
Semer la mort et les bugs de texture.

Tuer des innocents, c’est mieux entre copains et pour ça, Baldur’s Gate 3 nous fournit des compagnons. Le problème étant qu’ils sont tous plus désagréables les uns que les autres et je n’ai aucune envie de leur parler. Je m’en fiche qu’ils soient mystérieux ou avec un secret sombre, ce n’est pas une raison pour me manquer de respect à chaque conversation autour du feu de camp, qui sont possibles quand on décide de se reposer pour recharger ses sorts et sa vie. Au final, j’aurais probablement préféré les assassiner eux à chaque fois qu’ils désapprouvaient le fait que je me comporte comme une personne avec du savoir-vivre. Ce n’est pas mieux au niveau des PNJ, qui ne sont pas mal écrits mais me laissent juste indifférente. En général, tout l’univers autour de moi m’a désintéressée, en partie par la difficulté de s’attacher à un personnage mutique dont les traits de personnalité principaux sont d’avoir un ver de cerveau et de rater des jets.

Le véritable problème de Baldur’s Gate 3

Vous allez me dire « mais Fanny, tout ce que tu décris là, ça ressemble quand même vachement aux Divinity : Original Sin que tu dis adorer, j’ai du mal à comprendre ton problème » et vous aurez raison. Le truc étant que les personnages oubliables, le scénario à la limite de l’incompréhensible et du osef, les dialogues cools mais sans conséquences, ça n’était pas vraiment un problème pour moi puisque je voyais les Divinity comme d’énormes bacs à sable où il s’agissait d’expérimenter avec les différentes combinaisons de sorts et de classes pour faire les combats les plus satisfaisants possibles. Ce n’était pas grave si tout finissait par le massacre de villes entières puisque déjà, je ne vais pas pleurer pour les Magisters, mais c’était surtout le point fort de ces titres. J’aurais bien sûr aimé être un peu plus plongée dans l’univers mais ce n’était pas un défaut rédhibitoire. Par contre, ici, le combat est beaucoup moins agréable et surtout, on m’a promis Baldur’s Gate 3.

Feu de camp autour duquel est réuni le groupe de personnages.
Même le feu de camp a été incapable d’apporter la chaleur nécessaire entre les personnages.

Loin de moi l’idée d’appuyer le poncif « c’était mieux avant », je suis plutôt dans le camp opposé, mais faire une suite à une série de jeux aussi marquants veut aussi dire devoir se conformer à ce qui a plu. Dans un RPG, ça ne passe pas forcément par le même choix de gameplay, encore une fois je suis plutôt heureuse d’être débarrassée du temps réel avec pause, mais il y a une ambiance et une âme à respecter. Oui l’ambiance sombre des jeux est présente, mais il manque quelque chose de plus pour que ça prenne. C’est personnel et je suis sûre que d’autres n’ont pas les mêmes critères mais j’accorde généralement une grande importance à l’histoire, à l’univers et aux personnages, bien plus qu’à la façon dont le jeu se joue pour un jeu de rôle, les Divinity : Original Sin étant les exceptions qui confirment la règle. Par exemple, je me suis accrochée jusqu’au bout aux Mass Effect, alors que je trouve leur gameplay atroce, juste parce que j’étais très attachée à mon équipage. Au contraire, un bac à sable avec une histoire superficielle, comme Skyrim, ne m’intéresse pas. Pour l’instant, ce que je vois de l’early access me donne l’impression de jouer à un énième jeu de Larian, qui aurait tous les défauts des anciens sans toutes les qualités, et non pas ce à quoi je m’attendais de Baldur’s Gate 3. J’aurais voulu les voir sur autre chose, mettre plus d’emphase sur l’ambiance et la camaraderie plutôt que de retrouver le même style de compagnons, me donner un monde fourmillant de détails plutôt que des décors froids et du lore dans des livres en jeu, des dialogues avec des conséquences peut-être superficielles mais qui font mouche, en bref, il me manque ce côté cosy qui donne envie de se replonger encore et encore dans un monde virtuel. Ca ne veut pas dire éviter les thèmes sombres mais injecter de la chaleur, des moments de vie ordinaires, des PNJ qui servent à rien d’autre qu’à faire vivre l’univers qui les entoure, bref, de l’âme et c’est ce qui manque généralement à Larian. En espérant que le futur me donne tort mais pour l’instant, j’ai l’impression d’avoir demandé Baldur’s Gate 3 et d’avoir eu Divinity : Original Sin 3.

Baldur’s Gate 3 a testé sur PC via une clé fournie par l’éditeur.

Vous l’aurez compris, je ne suis pas très emballée par cette early access. C’est un sentiment très personnel, qui ne sera pas partagé par tous et c’est bien sûr à chacun de savoir ce qu’il aime et de faire son choix en son âme et conscience. Mais je n’ai pas retrouvé ce que j’aimais dans les anciens Baldur’s Gate et dans les RPG en général, beaucoup d’améliorations sont à faire, et jouer a trop souvent été une corvée alors que j’attendais impatiemment un gros RPG confortable dans lequel me plonger. Bien évidemment c’est une early access et beaucoup de choses seront modifiées dans les mois à venir, nous ne sommes donc pas à l’abri d’une bonne surprise au final. Je l’espère en tout cas.

Fanny Dufour
Fanny Dufour

Passionnée de politique et maniaque de l'orthographe appréciant les jeux qui ont du sens et les indés.

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