Operation : Tango – Faire un braquage à deux

Il y a des tendances réjouissantes dans le jeu vidéo. Je ne parle pas des 842 metroidvania deckbuilders à micro-lootboxes qui sortent chaque semaine, mais bien des jeux coopératifs à faire à distance, forcément aidés par une crise sanitaire qui nous a cloués des mois chez nous. Récemment, It Takes Two a volé l’affiche. Operation : Tango, du studio montréalais Clever Plays, est le dernier en date à venir enrichir le genre.

On ne peut pas dire que je sois moi-même un très bon client du genre : globalement, je préfère jouer tout seul. Les MMORPG, la coop, les jeux de sport compétitifs ou même Pokémon Go… Dès que c’est social, ça m’ennuie. Je préfère les aventures solitaires où on me raconte de longues histoires, et quand je joue, j’aime bien être dans ma petite bulle. Mais les zones de confort, si on en sort jamais, ça finit par sentir le renfermé : je me suis donc lancé dans l’aventure en coopération sur un Operation : Tango qui vous propose de passer quelques heures à hurler dans votre micro face à un partenaire médusé par votre incapacité à décrire correctement des éléments pourtant simples dans ce qui s’approche sans doute le plus d’un escape game en coop vidéoludique. Une expérience très originale, même si elle aurait pu être un peu plus aboutie et variée.

Tango et Cash

Rien de bien compliqué pour comprendre Opération : Tango, puisque formellement il s’agit d’une simple mise en scène de braquages façon film de casse. Deux agents (une agente de terrain versée dans l’action et un hacker moustachu opérant à distance) coopèrent pour voler des trésors, des secrets, désamorcer des bombes, tromper un agent ennemi etc. L’esthétique oscille entre néo-rétro, cyberpunk à néons, James Bond et blacksploitation : bref, tout ce qui fait chic. Là où le jeu rajoute sa petite touche d’originalité, c’est dans les rôles très complémentaires donnés aux deux agents de cette expérience entièrement pensée pour le jeu en coopération à deux.

Le premier agent se trouve sur place,et doit échapper aux drones, aux caméras de sécurité ou aux agents ennemis. À peu près à chaque étape d’un braquage, il va se retrouver coincé par une porte close, une clé perdue, un code inviolable ou une énigme à première vue incompréhensible. Le second agent (le hacker) est dans une interface plus statique et doit utiliser divers outils pour faire progresser l’autre joueur : hacker des caméras pour rechercher des informations, pirater des portes, s’infiltrer dans la matrice pour trouver des codes secrets ou encore prévenir de l’arrivée de robots ennemis dans une autre pièce. La quasi-totalité des énigmes est basée sur un mécanisme simple : chaque joueur ne voit que la moitié des informations nécessaires à avancer, le seul canal de transmission d’information possible entre les deux participants étant leur voix.

Operation Tango écran hacker
L’écran du hacker a l’air confus, mais quand on y joue c’est parfaitement limpide et étrangement bien fichu

À jouer obligatoirement au micro, Operation : Tango se fait un malin plaisir de donner en continu une série d’éléments volontairement incomplets, flous ou difficiles à décrire pour forcer les joueurs à s’accorder sur des méthodes de communication les plus efficaces possibles. Les descriptions d’éléments visibles à l’écran sont toujours claires et les consignes des différentes énigmes presque toujours limpides. Mais tout est fait pour que de petits éléments imprécis ou volontairement ambigus poussent celles et ceux un peu désorganisés à se tromper et à devoir ajuster leur manière de s’exprimer ou de décrire les événements en cours. Il m’est par exemple arrivé de perdre de longues minutes dans une mission chronométrée, incapable de décrire précisément la forme exacte d’une clé de porte, sans réaliser que ce que voyait mon camarade de jeu nécessitait des détails beaucoup plus fins que ce que je lui dépeignais.

Excellent escape game mais jeu un peu limité

Operation : Tango pourrait donc être décrit comme une sorte d’escape game en duo, où chaque joueur aurait une vision très partielle de la pièce où est enfermé son binôme. De ce point de vue, c’est une réussite : les missions sont variées, funs, et comportent leur dose de renouvellement et de surprises. L’objectif de cette production (faire communiquer deux joueurs pour s’entraider en continu) est atteint. Si le principe même du jeu coupe de facto son accès aux personnes malentendantes, on appréciera en revanche les efforts d’accessibilité produits par le titre pour se rendre le plus simple à appréhender possible, en doublant par exemple les énigmes basées sur des couleurs d’indications textuelles, pour permettre aux daltoniens (j’en suis) de les réaliser aussi vite que n’importe qui.

Encore mieux : contrairement à d’autres titres du genre, Operation : Tango se rend plus abordable encore par la possibilité d’en faire profiter n’importe quel invité avec un seul exemplaire. Vous pourrez donc, par exemple, faire découvrir l’expérience en version hacker à un ou une amie à vous, puis en version agent de terrain à quelqu’un d’autre. Une initiative qui vient renforcer le côté accessible et populaire du jeu.

Operation Tango seconde mission

On regrettera alors que Operation : Tango ne pousse pas encore un peu plus loin son concept. Il se termine en un peu plus de 3 heures, un peu moins de 6h si vous souhaitez le faire avec les deux agents, votre deuxième run étant forcément facilitée par le fait que vous savez déjà dans quel ordre vont se dérouler les événements principaux d’une mission. Une durée de vie loin d’être indigne, mais qui laisse tout de même un tout petit peu sur sa faim, entre autres parce que le jeu n’explore pas assez, voire pas du tout son volant infiltration.

Concrètement, les deux agents incarnés ne se situent certes pas à la même distance de l’action, mais font un peu la même chose. On sent le studio Clever Plays très à l’aise avec les phases de hacking kitch dans la matrice ou de désamorçage de bombes à base de câbles à relier, mais beaucoup moins dans les phases de pseudo-action ou d’infiltration. Les déplacements minutés sont rigides et peu intéressants, et il n’est quasiment jamais nécessaire de se cacher ou de participer à de l’action frénétique. On en ressort avec l’impression de ne pas tant avoir pratiqué un braquage à la Mission Impossible qu’à une série d’épreuves de piratage informatique en duo. On aurait aimé que les deux expériences soient plus radicalement différentes, mais au fond ce n’est pas bien grave, tant Operation : Tango est déjà très amusant ainsi.

Operation Tango hacking

Operation : Tango a été testé sur Steam via deux clés envoyées par l’éditeur. Le jeu est également disponible sur PlayStation 4, PlayStation 5, Xbox One et Xbox Series

Operation : Tango est un bon jeu, original sans être révolutionnaire, qui capte parfaitement l’air du temps pour proposer une expérience intuitive et amusante en coop, en doublant son expérience d’efforts d’accessibilité très appréciables. On en aurait aimé davantage encore, mais pour la meilleure des raisons, à savoir que le concept du jeu est plein de potentiel. Opération : Tango se prêterait bien à des expériences plus fines et plus abouties encore. Des DLC, un deuxième épisode dans l’univers de la série ou un futur jeu poussant encore plus loin les idées de coopération en temps réel, ou allant jusqu’à proposer des phases d’infiltration plus ambitieuses encore, seraient les bienvenus pour compléter le tableau.

Le Bon

Concept super malin

Pas besoin de deux copies pour y jouer à deux

On s'amuse énormément

Excellente utilisation de la coop vocale in game

Ni trop simple ni trop compliqué

Le Pas Bon

Un peu court

Beaucoup de hacking, pas beaucoup d'espionnage

zalifalcam

J'aime les jeux double A, les walking simulateurs prétentieux et les JRPG, et plutôt que de me soigner, j'écris à leur propos.

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