An Airport For Aliens Currently Run By Dogs – See You Space Goodboy

De plus en plus souvent, quand un jeu très, très bizarre arrive sur nos radars, Xalavier Nelson Jr. n’est jamais bien loin. Co-auteur sur Hypnospace Outlaw et sur le très remarqué SkateBIRD qui devrait arriver cette année, le facétieux et farfelu scénariste nous livre avec An Airport For Aliens Currently Run By Dogs un jeu d’aventure comique assez largement résumé par son titre.

La comédie dans le jeu vidéo, c’est souvent casse-gueule. Comment mêler gags et gameplay ? Comment trouver des formes d’humour immédiatement compréhensibles par tout le monde dans un marché mondialisé ? Pas simple, dans un contexte où, de plus, la place du scénariste est souvent assez mineure. Pour parvenir à faire rire avec un jeu sans se reposer uniquement sur des dialogues, il faut au minimum un auteur brillant, et une harmonisation entre le discours du jeu et son gameplay. Xalavier Nelson Jr. EST hilarant, son compte Twitter l’atteste assez bien. Mais au-delà de la promesse du synopsis extrêmement loufoque de An Airport For Aliens Currently Run By Dogs (parler à des photos de chiens dans des spatioports), il fallait encore que le jeu propose quelque chose d’amusant à faire, et raconte, au moins un peu, quelque chose de cohérent. Surprise : le pari est presque entièrement gagné. Presque.

C’est par piston qu’on entre au paradis. Si c’était au mérite, mon chien y entrerait et moi je resterais dehors (Mark Twain)

Les premières minutes de An Airport For Aliens Currently Run By Dogs ne manquent pas de plonger le joueur dans un sentiment d’intense mais joyeuse étrangeté. Vous vous réveillez dans la prison d’un aéroport avec votre petite amie. Après la mystérieuse disparition de la plupart (tous ?) des autres Humains dans un incident impliquant « des aliens et beaucoup de chiens », vous avez décidé de voyager sur les différentes planètes. Les spatioports étant désormais intégralement dirigés et administrés par de très gentils chiens. Si gentils qu’ils vous laissent immédiatement vous échapper de prison. Vous et votre dulcinée partez chacun de votre côté explorer un bout du cosmos, tout en convenant de vous retrouver à quelques points précis pour échanger opinions et sentiments sur ce space-trip parfaitement bizarroïde.

Le jeu se présente donc sous forme d’une série d’aéroports disséminés à travers le système solaire. Autant de petits mondes ouverts peuplés de chiens magnifiquement représentés par des photos de vrais chiens (et peut-être quelques chats) et figurés par des décors oscillant entre l’esthétique Vaporwave et un CD de démo de Windows 95 trouvé en bonus dans un numéro de SVM Multimedia. Chaque planète a son esthétique et sa galerie de chiens uniques, la plupart d’entre eux étant flanqués d’une petite histoire annexe absurde à résoudre. Évidemment, quoi qui ait pu conduire à ce grand bouleversement que fut le remplacement des Humains par des aliens et des aéroports par des chiens va conduire tout au long de An Airport For Aliens Currently Run By Dogs à se confronter à des bizarreries tout droit issues des plus grands récits de SF : téléporteurs, lois de la physique et de la thermodynamique battues en brèche, et gentil toutou très désireux de vous donner un skateboard parce que c’est trop cool.

An Airport for Aliens Currently Run by Dogs photo
Votre jauge de bonheur vient d’augmenter de 2%.

L’objectif de chacune des étapes (si vous arrivez à savoir ce qu’on attend de vous, c’est-à-dire être un minimum attentif à ce que le jeu vous raconte) sera, pour l’essentiel, de résoudre une série de petites quêtes pour que les employés canins de chaque lieu deviennent vos amis. Certaines sont obligatoires, pour se procurer un billet d’avion ou retrouver les pilules d’un chien pilote anxieux par exemple. D’autres sont entièrement facultatives, n’ayant d’autre très noble but que le remplissage intégral d’une sorte de Pokedex canin, ou juste de voir une photo de chien s’illuminer de joie parce que vous lui avez lancé une baballe.

Partout où il y a un malheureux, Dieu envoie un chien (Lamartine)

An Airport for Aliens Currently Run by Dogs chat honoraire
Les chiens font PARFOIS des chats.

Il serait dommage de réduire « le jeu d’aéroport de chiens » (comme le nomme lui-même son créateur) à une simple série de dialogues absurdes et de photos de chiens avec des chapeaux filmés avec un grand angle. An Airport For Aliens Currently Run By Dogs raconte en filigrane une véritable histoire, en l’occurrence une histoire d’amour et de voyage. Le studio Strange Scaffold livre un jeu dont l’univers est beaucoup plus dense et cohérent qu’il ne semble l’être dans les premières minutes. On est loin de la simple farce, et on se prend à se passionner pour le voyage touchant de ces deux naufragés humains dans un univers bouleversé où (heureusement), tout est étrangement devenu gratuit et où tout le monde est vraiment un très gentil toutou.

A contrario, l’humour du jeu pourra parfois déstabiliser, voire dérouter : pour l’essentiel basé sur du non-sens et de l’absurde, il pourra parfois vous épuiser et vous forcer à espacer un peu vos sessions de jeu pour ne pas vous décourager. Moi-même très client de cette forme d’absurdité, j’ai parfois été un peu dubitatif sur l’accumulation de certaines blagues parfois redondantes et parfois un peu longuettes. À l’inverse, j’ai été surpris de retrouver des petites croquettes de rigolade inattendues dans certains détails des décors, dans l’agencement volontairement grotesque du level design ou dans quelques effets sonores hilarants.

An Airport for Aliens Currently Run by Dogs intrigue
Le fil narratif est, de manière surprenante, assez touchant.

Notons que si An Airport For Aliens Currently Run By Dogs s’est donné une mission, c’est avant tout de vous faire passer un bon moment : le jeu, avec son économie interne gratuite (les chiens n’ont pas vraiment de système monétaire) et ses objets distribués quasiment à foison vous force à expérimenter. Lancer des balles, caresser, enfiler des chaussures magiques ou tenir un parapluie enchanté, subir de la « corruption inversée » (c’est-à-dire accepter un cadeau non prévu de la part du personnel de l’aéroport pour avoir le droit d’embarquer) : tout dans le jeu pousse à expérimenter un peu tout et n’importe quoi avec la panoplie d’objets mise à disposition du joueur ou de la joueuse. De quoi faire oublier (un peu) les limites du jeu.

On croit qu’on amène son chien pisser midi et soir. Grave erreur : ce sont les chiens qui nous invitent deux fois par jour à la méditation (Daniel Pennac)

Car des limites, An Airport For Aliens Currently Run By Dogs en a tout de même. Pas d’énormes défauts, mais tout de même un certain manque de finition qui radicalise un peu l’expérience pour rien. Par exemple, l’interface ultra minimaliste du jeu (quasiment pas de menu, quasiment pas d’inventaire, un système de journal de quête trop sommaire…) frustre parfois plus qu’elle ne contribue à l’immersion : il m’est par exemple accidentellement arrivé de rater un avion, ce qui dans le jeu n’est certes pas bien grave, juste parce que je n’ai pas réussi à bien naviguer dans le système d’objets du jeu.

An Airport for Aliens Currently Run by Dogs cat commandes
Le gameplay manque d’un minimum de rigueur et de lisibilité.

Cette limite est particulièrement visible en ce qui concerne l’orientation dans l’espace : l’idée d’avoir rédigé l’ensemble du jeu à l’exception du tutoriel dans un alphabet alien est une excellente idée, mais couplée avec celle de n’avoir aucun système de carte pour se repérer dans des hubs relativement grands, on finit parfois par se perdre. Souvent pour le meilleur : c’est en errant dans les allées et en entrant dans des boutiques au hasard qu’on fait les rencontres les plus funs et qu’on complète son encyclopédie de chiens. Parfois pour le pire : il m’est ainsi arrivé de tourner en rond un bon quart d’heure avant de retrouver ma porte d’embarquement avant un vol alors que je n’avais plus rien de spécial à faire sur place, mais que je n’arrivais plus à retrouver le bon terminal.

Plein de petits défauts du jeu, en somme, qui contribuent à l’esthétique minimaliste et foutraque (certains diraient complètement stoner) du jeu, mais qui pourraient décourager les moins patients. Disons qu’un peu plus de cadre formel n’aurait pas été de trop : le côté désorganisé et la quasi-absence d’UI conduisent parfois à s’ennuyer un peu, voire, de manière plus grave, à ne plus du tout savoir ce qu’on est supposé faire. Le même jeu avec un système d’orientation plus claire et une liste de tâche mieux organisée aurait à mon sens frôlé la perfection.

An Airport for Aliens Currently Run by Dogs cat cursed dog
Tu ne trompes personnes Rodney.

Airport For Aliens Currently Run By Dogs a été testé sur PC, via une clé fournie par l’éditeur.

Ses quelques défauts mis à part, force est de constater à quel point An Airport For Aliens Currently Run By Dogs est une excellente surprise. Original, amusant, et sans doute l’aboutissement de la démarche de Xalavier Nelson Jr. pour proposer des histoires et des personnages très différents des standards de l’industrie vidéoludique, y compris de la sphère du jeu indépendant. Jeu sans antagoniste, sans violence, sans métaphore sur la dépression et sans deck building, il constitue une nouvelle pierre importante dans l’édifice argumentaire de celles et ceux attachés à prouver que le jeu vidéo devrait plus souvent oser de nouvelles choses et de nouvelles manières de raconter. Et il y a VRAIMENT BEAUCOUP DE CHIENS TRÈS MIGNONS.

Le Bon

Un jeu vidéo qui raconte quelque chose de différent

Univers riche et touchant

L'humour fait souvent mouche

L'esthétique minimaliste contribue à l'absurde

BEAUCOUP DE CHIENS TRES MIGNONS

Le Pas Bon

Parfois foutraque

On se perd parfois un peu

Il manque un vrai journal de quête

zalifalcam

J'aime les jeux double A, les walking simulateurs prétentieux et les JRPG, et plutôt que de me soigner, j'écris à leur propos.

1 commentaire
  1. Quand j’ai vu ce jeu arriver sur Steam, j’étais persuadé que c’était une blague, un truc parodique mais pas un vrai jeu malgré Xalavier Nelson.

    Visiblement j’avais tort ; pas sûr de me lancer dedans pour autant mais merci pour la découverte 😉