Kékicépacé : G2A et les développeurs indépendants

A peu près une fois par an, le sujet de G2A revient sur la table. Le site de revente de clés de jeux n’en est effectivement pas à sa première polémique et probablement pas à sa dernière après un énième accrochage avec un acteur indépendant du monde du jeu vidéo.

Acte 1 : le thread Twitter

Cette fois, ça a commencé de façon somme toute banale : un thread sur Twitter de Mike Rose, fondateur d’un éditeur de jeux vidéo du nom de No More Robots, connu pour avoir publié des titres comme Not Tonight, Hypnospace Outlaw ou encore Descenders. C’est d’ailleurs de ce dernier jeu dont il est question, puisque Mike Rose a découvert que lorsqu’il cherchait le titre sur Google, il tombait en premier lieu sur des liens sponsorisés qui menaient au site de G2A, permettant au site polonais d’être proposé aux consommateurs avant d’autres revendeurs plus légitimes. Quant à la vidéo attachée aux tweets, où on le voit essayer de désactiver sans succès les publicités de G2A, je ne suis pas assez au fait des politiques de Google pour savoir si c’est un simple bug ou une fonctionnalité proposée aux entreprises qui paient assez.

g2a descenders

Il faut dire que Mike Rose sait de quoi il parle : il travaillait auparavant pour Tiny Build, qui en 2016 expliquaient déjà à quel point G2A leur coûtait cher : des gens achetaient énormément de clés avec des cartes volées, les transactions étaient révoquées et c’est aux éditeurs d’éponger le coût auprès de leur banque, tout ça sans toucher un seul euro de la revente de ces clés illégales sur G2A par la suite. Les tweets ont fait quelques vagues et plusieurs développeurs indépendants se sont prononcés contre G2A et ont même indiqué qu’ils préfèreraient que les gens piratent leur jeu plutôt que d’acheter une clé sur le marché gris (non pas que ce soit une invitation à le faire). On aurait pu facilement en rester là, comme à chaque fois mais non, car G2A n’a apparemment toujours pas investi sa fortune dans une agence de com efficace.

Acte 2 : la réponse de G2A

G2A a un problème avec le fait d’assumer sa part de responsabilité dans les choses. Certains de leurs employés n’hésitaient pas d’ailleurs à confronter les développeurs qui les critiquaient dans la vie réelle, semblant à deux doigts de proposer un octogone pour défendre l’honneur de leur employeur. Cette fois, l’entreprise s’est contentée de Twitter et de sa technique préférée : les réponses passives-agressives, les accusations lancées sous couvert de politesse et de réelle inquiétude ainsi que l’appel à leur armée de streamers sponsorisés. Pour résumer grossièrement, le site polonais accuse les développeurs d’être à l’origine de ces clés, données à de faux influenceurs ou lors de giveaways, et considère qu’ils n’ont aucune responsabilité là-dedans puisque de toute façon, quelqu’un d’autre finira par prendre leur place même s’ils arrêtaient leur activité demain.

Leur défense repose sur un point essentiel mais très discutable : le fait qu’en achetant sur Steam, on ne puisse pas générer la clé et la revendre, elle est directement ajoutée au compte qui l’achète donc les clés vendues sur G2A ne peuvent que provenir des développeurs eux-mêmes. Sauf que c’est faux, comme l’explique Mike Rose. Il existe un moyen de contourner ça, qui sont les cadeaux Steam : les revendeurs achètent leurs clés sur une version de Steam où le jeu est moins cher, comme en Chine ou en Russie par exemple, et fournissent un lien suspect aux acheteurs pour qu’ils puissent récupérer leur clé sous couvert de cadeau Steam.

g2a boss shield
Le boss de G2A qui présente fièrement l’une de ses arnaques

Mais évidemment que ce n’est pas tout, accuser les développeurs n’est jamais suffisant, il fallait passer à quelque chose de plus agressif, comme proposer des articles sponsorisés pré-écrits à des sites de jeux vidéo, sans que ceux-ci indiquent qu’ils ont été payés pour cela. L’entreprise s’est défendue en accusant un employé qui aurait agi de son propre chef et sans l’autorisation de sa hiérarchie, une version un peu plus avancée du « c’est la faute du stagiaire ». Mais le meilleur arrive sous la forme d’un article publié sur le site de G2A, où ils expliquent en gros que les développeurs indépendants sont des menteurs, qu’ils cherchent juste à avoir l’attention de la presse pour leur croisade contre le revendeur au lieu de les contacter directement, que de toute façon, eux ne sont coupables de rien vu que pratiquement toutes les clés viennent de giveaways et qu’il est donc légal de les revendre et qu’ils ont la meilleure protection que ce soit pour les développeurs que pour les acheteurs. En gros, leur site est parfait et tous ceux qui osent les contredire ne sont qu’une bande de rats. Leur solution ? Proposer de rembourser les développeurs en leur donnant 10x la somme perdue s’ils arrivent à prouver que des clés obtenues illégalement ont été vendues sur la plateforme, après audit par une compagnie indépendante. Une solution évidemment très peu satisfaisante.

Et maintenant ?

A la suite de toute cette histoire, Mike Rose a lancé une pétition sur Change.org pour que G2A cesse purement et simplement de vendre des jeux indépendants sur leur plateforme, puisque ceux-ci ne représentent que 8% des clés en vente de toute manière. Mais lorsque l’on voit l’acharnement de l’entreprise contre les développeurs indépendants, qui ont un mal fou à faire retirer les clés illégales de la plateforme alors même que celle-ci indique agir immédiatement lorsque de grosses entreprises la contactent, on peut douter qu’une simple pétition mène à quelque chose. En vérité, comme souvent dans le monde capitaliste, la solution peut uniquement provenir des grandes entreprises et des consommateurs.

Commençons par ces derniers : il n’y a en vérité que peu d’avantages à acheter ses clés sur le marché gris. Même si G2A a renoncé à son « Shield » qui était pratiquement impossible à désactiver sans prise de tête, il n’en reste pas moins qu’ils continuent à avoir des pratiques plus que discutables. Par exemple, sur ce tweet (en polonais mais dont il est possible d’avoir une traduction très compréhensible), ils indiquent à un client que selon leurs termes, si un compte reste inactif plus de six mois, ils s’autorisent à prélever 1€ sur le portefeuille G2A de la personne pour des frais de fonctionnement au lieu de faire comme tout le monde et d’envoyer un mail « si vous vous connectez pas sous tel nombre de jours, on supprime votre compte ». Et puis c’est jouer à la roulette russe, votre clé a de grandes chances d’être désactivée. Sans oublier les divers frais supplémentaires ajoutés aux transactions. Pourquoi prendre ce risque quand les soldes sont légion ?

Et du côté des gros éditeurs, je sais bien qu’il n’est pas à leur avantage d’arrêter ce marché. Au final, les gens sont quand même obligés de télécharger leurs logiciels et ils ont une emprise sur les consommateurs qui peut leur permettre de les pousser à l’achat de DLC et autres microtransactions. De temps en temps, ils font un petit coup de ménage puis ça recommence. Ils n’ont aucun problème à soutenir des streamers sponsorisés par G2A, en leur fournissant des clés de jeux, et je ne parle même pas de tous les sites qui ont leur petite sponso Instant Gaming et qui continuent de pouvoir faire des reviews, donnant un air de légitimité à ces plateformes. Je n’en veux pas aux streamers et aux sites qui essaient de survivre dans un monde ultra compétitif, même si je déplore le manque d’éthique derrière. Mais malheureusement, le boycott de G2A et autres n’est pas suffisant, pour être efficace, il faut faire pression sur tous les acteurs, les équipes d’esport, les streamers, les sites de jeux vidéo et les grandes entreprises. Autant dire que l’on risque encore d’entendre parler de G2A l’année prochaine.

g2a boss
They see me rollin’, they hatin’
Fanny Dufour
Fanny Dufour

Passionnée de politique et maniaque de l'orthographe appréciant les jeux qui ont du sens et les indés.

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