Partie Rapide : Alt-Frequencies et Picross S3

Cette fois-ci dans Partie Rapide, Seastrom vous parle d’ondes radio mais pas de compteur Linky avec Alt-Frequencies et Murray vous invite une nouvelle fois à rejoindre la religion Picross sur Switch avec Picross S3.

Alt-Frequencies

Fini de fouiller dans le téléphone de personnes se disant que 0000 est un bon mot de passe : le studio français Accidental Queens (A Normal Lost Phone, Another Lost Phone) revient avec Alt-Frequencies, jeu au concept de base ambitieux, une narration socialement engagée toujours en ligne de mire. Cette nouvelle création, co-produite par Arte, entendait mettre les petits plats dans les grands avec une histoire bercée de science-fiction et un casting vocal riche en têtes plus ou moins connues. Pourtant, on a eu beau tourner cette fichue antenne dans tous les sens (de tels postes de radio existent-t-ils encore, d’ailleurs ?), le programme est arrivé avec son lot de grésillements perturbateurs.

La revanche d’une onde

Lundi matin, 7h. Vous vous réveillez difficilement, sorti du lit par la troisième sonnerie du réveil judicieusement placé hors de portée de poing. Sur le chemin de la théière où l’eau calcaire de la veille attend de bouillir, vous allumez machinalement le poste de radio, héritage d’une tante bien-aimée, laquelle attend toujours que vous répondiez à son sms d’il y a bientôt trois mois. En lieu et place du jingle de News One annonçant les informations de la matinale, la voix hésitante d’un homme lance un appel, haché par des coupures intempestives : il parle d’une vérité à découvrir, d’une fréquence à décoder qui concernerait la mise en place, prochaine ou déjà accomplie, par le gouvernement d’une boucle temporelle, et tout cela bien à l’écart des oreilles bleues marines de la police. Que faire ?

Alt-Frequencies
That the sound of da…

Peu avant, un tutoriel tout à fait agaçant, mais indispensable à la bonne compréhension d’un gameplay à première vue inédit, apportait sa réponse. Avec à sa disposition aux alentours de 5, 6 radios, le joueur/la joueuse est libre de laisser vagabonder son attention jusqu’à tomber sur un passage interpelant. Il est alors de son devoir de l’enregistrer puis de le rediffuser sur une autre station, afin de faire réagir les animateurs en direct et capter l’attention de l’audience. Si rien ne vient faire tiquer l’esprit, retour au début du cycle, quelques minutes auparavant. A chaque information apportée, une question prise hors-contexte ou une anecdote à propos des maux de tête d’une jeune femme qu’elle attribue à la boucle, c’est une nouvelle donnée apportée aux débats et interrogations sur le sujet controversé. Une histoire de lutte orwellienne, en fin de compte.

Pas de jeu vidéo dans ma politique!! 😡 😡 😡

Les thèmes mis en avant par Alt-Frequencies ressortent d’autant plus que le titre aborde de front des thématiques agitant notre actualité : le rôle du journalisme ou du lanceur d’alerte, la valeur de l’information, la liberté individuelle, le processus démocratique face à la parole politique… Le discours prôné par le jeu s’essouffle pourtant très rapidement en raison d’une superficialité flagrante des situations et mises en scène.

Le contexte narratif se construit peu à peu, à force d’écoute, et le sujet de la boucle temporelle est abordé différemment selon la station, diffusant une relative diversité des avis, mais rien qui ne puisse faire comprendre rapidement ce à quoi on a affaire. Il faut attendre l’avant-dernier des 5 chapitres du jeu pour visualiser à peu près le projet contre lequel on est appelé à lutter. En voulant se donner du rythme et permettre des boucles de concentration assez réduites, le récit survole l’ensemble de ce qu’il abordait et manque l’impact politique attendu, finalement, d’assez loin.

Alt-Frequencies
La suite est fort décevante

Les productions signées par les Queens ont jusqu’à présent mis le joueur/la joueuse au centre de leur dispositif : dans la série des « Lost Phone » on y incarne son propre rôle, spectateur d’événements sur lequel on n’a que peu de force, agissant après coup, témoin d’une vie par l’intermédiaire d’un outil. Le lien à la vie réelle est d’ailleurs censé être mis en exergue, troublant la frontière du jeu, notamment lorsqu’on y jouait sur portable. Ici, le système est plus complexe, moins immédiat face aux réflexes amenés par une interface connue – un écran de téléphone. On nous incite encore à jouer notre propre rôle, mais en remettant la possibilité de l’action en avant : sur la vie sociale, les moyens de changer les choses à son échelle, la prise de distance nécessaire à ce qui est raconté. Il y a quelque chose lié au passeur, au liant, qui va mettre en contact, à rebours de l’instantanéité du temps et l’accumulation de l’information. Questionnant par là aussi notre rapport à l’impuissance d’agir.

Alt-Frequencies
Voter, c’est bien. Voter bien, c’est mieux

L’écriture à large trait alourdit néanmoins ce fragile discours en creux : la volonté d’un naturel dans le ton de certains animateurs gêne, celle d’une identification à des stéréotypes de personnages (le duo un peu déconnant, la grande gueule à la Alex Jones) encore plus. Et ce malgré l’appel à des figures françaises du doublage comme Cyrille Monge ou Emmanuel Karsen. Les ficelles venant articuler visée narrative et nécessité de gameplay ne permettent pas de nuancer ce constat, soulignant plus que de raison ou artificiellement un objectif, une tirade à enregistrer. Et lorsque la solution n’est pas placée en pleine figure, on erre rapidement d’une station à l’autre, passant les répliques au plus vite et essayant de voir de-ci de-là si une combinaison ne pourrait pas fonctionner, achevant la déconnexion entre le jeu et le réel. Reste la possibilité fort agréable de prendre le temps, se détacher, par les trop rares chansons diffusées, de la trame. Prendre encore un peu plus de distance et oublier un instant l’occasion manquée.

Alt-Frequencies a été testé sur PC via un code fourni par l’éditeur. Le jeu dispose d’options d’accessibilités pour un public malvoyant ou aveugle.

Le nouveau jeu des Accidental Queens passe mal à l’antenne, malgré sa volonté de traiter de thèmes forts actuels, survolés, et un concept pas inintéressant, sous-exploité. L’occasion d’essayer un drôle d’objet vidéoludique pourra convaincre, mais on en retiendra surtout un coup dans l’eau. Ah, et à bas le capitalisme.

 

Picross S3

2019 et vous n’avez toujours pas touché à un Picross de votre vie ? Ne vous inquiétez pas, la religion Picross sera toujours ouverte à toutes et tous. Et si vous hésitez encore, sachez que notre nouvel évangile, Picross S3, continue à faire progresser nos textes sacrés, tout en gardant les fondamentaux.

Entre tradition…

« Quand quelque chose marche, pourquoi changer ? » J’imagine que cette phrase doit être accrochée à l’entrée des locaux de Jupiter, partenaire de Nintendo depuis de nombreuses années et qui a la main mise sur l’ensemble des jeux Picross sortis sur Nintendo (3/2)DS et Switch. Du coup, nouvelle année, nouveau jeu, et cette fois c’est sur Switch avec l’arrivée de Picross S3 qui va permettre aux amateurs du noircissement de blocs d’avoir leur dose pendant quelques temps.

Allez, un tout petit rappel pour les deux du fond qui ne suivent pas. Le Picross est un puzzle-game où vous devez noircir les cases d’une grille en fonction des indications données sur le coté gauche et au dessus de cette dernière. Un 2 suivi d’un 3 indique qu’il faut noircir deux cases à la suite puis laisser au moins un espace avant d’en noircir trois autres. Le but étant bien sur de faire concorder les infos des lignes et colonnes pour former au final un dessin représentant un objet, une scène, un animal etc.

Grille de Picross S3
Je sais c’est tentant, mais ne noircissez pas votre écran d’ordinateur ou de téléphone

A priori, ce Picross S3 ne change pas grand chose à la formule établie depuis maintenant 2 jeux sur Switch et 8 sur Nintendo DS (sans compter les multiples spin-off Zelda, Pokemon et j’en passe). On retrouve donc 150 nouvelles grilles de Picross classiques, allant de tableaux de 5×5 cases jusqu’aux tableaux plus impressionnants de 20×15. A cela s’ajoute les traditionnels Mega Picross dans lesquels certaines lignes et colonnes fonctionnent par deux (voir image juste au dessus). Si ces grilles sont aussi au nombre de 150, c’est tout simplement parce qu’elles sont basées sur les grilles Picross classiques.

C’est à la fois un très joli gonflage artificiel de la durée de vie du jeu et en même temps, si ça se trouve, cela fait 10 jeux que je fais toujours les mêmes grilles sans avoir rien remarqué… Après tout, est-ce que l’on reproche aux cruciverbistes de faire toujours plus ou moins la même grille de mots-croisés ? S’ajoute à cela les Clips Picross qui sont des jolis tableaux (avec pour thème cette fois-ci Alice aux pays des Merveilles) composés d’une multitude de plus petits Picross que vous pourrez débloquer au fur et à mesure de votre avancée.

…et modernité (désolé j’avais pas mieux)

Bon c’est bien beau tout cela mais j’aurais pu simplement dire « vous connaissez les autres jeux Picross, bah n’hésitez pas c’est la même drogue que d’habitude » et ça aurait suffit. Mais c’était sans compter sur l’arrivée de la petite nouvelle : je veux bien sûr parler de la grille de Color Picross.

Grille de Color Picross
On ne dirait pas comme ça mais c’est une gymnastique intellectuelle très différente

Abandonnez le noir et blanc et faites place à la couleur ! Bien sûr le principe reste le même, il faut remplir votre grille, mais encore faut-il le faire avec la bonne couleur. Ergonomiquement parlant, le changement se fait assez simplement d’une pression de bouton, la palette se situant au dessus de la case, vous n’aurez aucun mal à trouver la couleur que vous souhaitez utiliser.

Cependant, les différentes couleurs impliquent aussi un changement de logique qui risque de perturber les professionnels du Picross (ceux qui n’utilisent aucune aide et se forcent à obtenir toutes les médailles, parce que le mode facile c’est pour les amateurs de Sekiro). En effet, en temps normal, quand vous avez deux chiffres, vous savez qu’il faudra laisser au moins une case entre deux séries de cases noircies. Mais avec l’arrivée des couleurs, il n’est pas forcément nécessaire de laisser une case vide entre deux cases colorées (si la couleur utilisée pour les deux séries est différente). Cela peut paraitre assez anodin pour un nouveau joueur de Picross mais l’habitué, lui, risque de faire plus d’une erreur à cause de ses réflexes moteurs.

Cela faisait quelques jeux maintenant que l’on n’avait pas eu une réelle nouveauté dans les jeux Picross du studio Jupiter et cela permet d’apporter un peu de fraicheur au titre. On pourra juste regretter le nombre limité de ces nouveaux puzzles (30) et on espère déjà fort que ce nombre sera au moins doublé pour l’opus de l’année prochaine (oui parce qu’à l’image d’un Fifa ou d’un Call of Duty, on ne doute pas un instant qu’un nouveau jeu sortira en 2020).

Vous êtes déjà tombé dans la marmite de Picross quand vous étiez petit ? Aucun risque à goûter cette nouvelle cuvée qui, en plus, se permet un peu d’originalité avec l’arrivée du Color Picross. Vous voulez découvrir la religion Picross ? Vous pouvez commencer par celui-ci sans problème. Et puis à 10 euros, on a vu des drogues bien plus chères, mais pas forcément moins dangereuses.

Seastrom
Seastrom

C'est la Loire qui coule dans les veines de Seastrom, mélangée aux subtilités de la vaporwave et à une tendance toujours plus prononcée pour la contradiction. Rajoutez un "j'aime bien tous les genres de jeux" et autant vous dire qu'avec ça, difficile d'affirmer avoir bon goût. Possibilité de l'amadouer en lui parlant Dreyer et Digimon.

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