Kill la Kill : IF – Sabrer comme jamais

Il n’est un secret pour personne que votre serviteur est ce qu’on appelle dans le jargon un weeaboo, du genre à animer un podcast sur l’animation japonaise de niche. Mais la japanime, c’est aussi des noms et des produits qui ont su transcender leur public de base. Les productions du studio Trigger (Little Witch Academia, Promare, Inferno Cop…) sont de ceux-là, en proposant une animation fouillée, talentueuse et grand public à la fois, avec un grain de folie très reconnaissable. Le premier succès mondial du studio était un certain Kill la Kill, improbable animé frénétique mettant en scène des combats dans une académie farfelue sur fond de scénario impliquant des fibres de vêtements intelligentes venus de l’espace. Et c’est avec une grande attention que nous accueillons l’arrivée d’un nouveau chapitre dans l’aventure, édité par les spécialistes du jeu de combat nippon d’Arc System Works. Kill la Kill : IF, scénarisé par une partie de l’équipe d’origine, entre dans l’arène.

Du studio de développement, A+ Games, on connaît surtout le piètre jeu basé sur une autre licence des Studios Trigger, le bourré de défauts Little Witch Academia : Chamber of Time. De son éditeur, Arc System Works, on connaît surtout le travail sur des jeux de combat à licence (One Piece, Dragon Ball) et la capacité à sous-traiter en général pas trop mal à peu près n’importe quoi (les improbables jeux de combat Persona par exemple). L’auteur de ces lignes n’ayant qu’une expertise tout à fait limitée dans l’art des jeux de combat japonais, il était tout à fait attentif à la capacité de ces acteurs, épaulés par le scénariste de la série originale, à proposer une expérience avant tout fun et abordable pour n’importe quel nostalgique des aventures de Satsuki, Matoi, Mako Makanshoku et les autres. Et si le résultat n’est pas parfait, il est en tout cas bien meilleur que ce que j’avais prévu.

Un scénario cousu (de deuxième) main

C’est rare, mais Kill la Kill : IF est un jeu de combat qui met son scénario très en avant du reste. Une arme à double tranchant. Les fans de l’anime original ne seront pas perdus : il s’agit tout bonnement d’une réinvention des événements de la série, sous diverses perspectives, à partir d’un point de divergence (situé autour de l’épisode 8 de l’anime, pour les connaisseurs). Le IF du titre prend tout son sens, et imagine ce qu’il se serait passé si un événement clé de l’aventure d’origine s’était déroulé légèrement autrement. En revanche, pour les nouveaux venus, impossible de comprendre quoi que ce soit au scénario de Kill la Kill : IF. Le scénario est raconté trop vite, et part du principe que vous savez très bien ce qui devrait se passer. Le peu d’effort déployé pour réexpliquer le lore de Kill la Kill en fait un pur produit dérivé qui restera hermétique au curieux de passage, qui sera abreuvé d’histoire de robots nudistes, de costumes qui parlent et autres paires de ciseaux légendaires sans y entraver grand chose.

Pour autant, et bien que clairement pas destiné à recevoir un Nobel de littérature, le scénario n’est pas sans intérêt. On sent la patte du scénariste Kazuki Nakashima, et quelques petites pépites seront même jetées en pâture aux fans affamés sous forme de réponses à certains mystères laissés en suspens dans la série animée. La 3D au rendu très dessin animé qui sert aux nombreuses scènes d’intrigue est soignée, sans atteindre l’excellence des studios Trigger en matière de rendu. On est pas loin de retrouver les sensations intenses et brutales du Kill la Kill de 2013, le tout étant servi par une bande son épique mélangeant les thèmes de l’époque et de nouvelles compositions qui se coulent à merveille dans l’ensemble. Heureusement, d’ailleurs, que ce mode histoire est assez solide et à même de vous occuper de longues heures, car tout le reste de Kill la Kill : IF est un poil plus mineur. A noter que la clé que nous avons reçu au Pixel Post nous demandait de ne pas déflorer le scénario trop avant, une décision compréhensible vu le focus très fort mis sur les retournements scénaristiques tout au long du jeu.

Kill la Kill combat
On retrouve avec plaisir l’univers étrange, érotique et passionné de Kill la Kill.

Facile à prendre en main, facile à oublier

Heureusement que l’emballage est réussi, et qu’on a à tout moment l’impression d’incarner les héros de la série dans des combats nerveux au rendu très japanime, car l’un des arguments massue du titre (son accessibilité et sa facilité d’accès) se retournent assez vite contre lui.

Non pas que Kill la Kill : IF soit un mauvais jeu de combat. Son roster propose des gameplay variés, bien qu’il ne soit pas bien grand (comptez une grosse douzaine de personnages). La difficulté, assez modulable, propose un challenge adapté à tous. Et son approche des arènes en 3D, à quelques problèmes de caméra près, se prête bien à son style de combat nerveux qui permet d’alterner combat à distance et au corps à corps. Mais le jeu d’A+ Games n’a pas une profondeur de gameplay qui fera date dans l’histoire des jeux de combat. La palette de coups de chaque personnage est assez limitée, de même que les différentes tactiques à mettre en place pour gagner.

Kill la kill IF arène
L’impression de jouer à un épisode de dessin animé est bien retranscrite.

Dans les bonnes idées, on notera la capacité de faire monter en puissance son personnage en dépensant une part importante de ses points de combo, ou encore des phases assez impressionnantes de type « pierre-feuille-ciseau » qui nécessitent de choisir une attaque précise en fonction des mouvements adverses. Le rendu est joli, mais on en fait assez vite le tour. Ni agréable ni désagréable, ni frustrant ni marquant, Kill la Kill : IF ne parvient pas vraiment à imposer sa patte.

C’est tout de même un peu court

Plus gênant que le manque de personnages à débloquer (pour le moment, la politique de DLC n’ayant pas encore été révélée), le manque de contenu offert par le jeu en dehors de son mode histoire en fait une expérience un peu trop courte. Un mode libre, un mode entraînement, quelques challenges de type « seul contre tous », et c’est un peu tout.

Il faudra être vigilant, cependant, à la capacité de la communauté à s’emparer du mode en ligne, de nombreux challenges (difficulté paramétrable, tournois, événements journaliers…) étant annoncés dès la sortie du jeu. Si Arc System Works assure un suivi correct et des mises à jour au jeu, et si une communauté dynamique et ambitieuse se colle à l’ouvrage pour le faire vivre, ce titre pourra facilement ravir les amateurs de jeux de combat pendant de longues semaines.

Dans le cas contraire, Kill la Kill : IF vous donnera peut-être l’impression d’avoir lâché une bonne cinquantaine d’euros dans quelques épisodes supplémentaires à cette saga de légende de l’animation japonaise. Vous trouverez peut-être cela un poil trop cher. Mais, est-ce que quelque chose est trop cher pour Kill la Kill ? Je n’en suis pas certain.

Kill la Kill IF gamagoori
N’empêche, on rigole bien.

Kill la Kill : IF a été testé sur PS4 via une clé envoyée par l’éditeur

Kill la Kill : IF est un produit dérivé plus que correct d’une série animée de légende. Produit avec respect en partenariat avec une partie de l’équipe d’origine, il constitue une extension de l’univers sympathique sans être indispensable. Hélas, il pèche par un contenu un peu vide au lancement, et des mécaniques de gameplay moins intéressantes qu’impressionnantes au rendu. La volonté d’A+ Games semble s’être davantage tournée vers la réalisation d’un dessin animé d’action interactif plutôt qu’un jeu de combat solide. Ce parti pris assumé divisera sans doute jusqu’aux fans les plus investis des aventures de l’Académie Honnōji, attention donc avant de passer à la caisse.

Le Bon

Plutôt joli

Le scénar réserve quelques surprises

L'univers est bien respecté

Incarner Mako Mankanshoku, c'est ça qu'on veut.

Le Pas Bon

On tourne vite en rond

La caméra un peu fofolle

Roster un peu faible

Manque de contenus hors du mode histoire

zalifalcam
zalifalcam

J'aime les jeux double A, les walking simulateurs prétentieux et les JRPG, et plutôt que de me soigner, j'écris à leur propos.

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