Évangile du jeu vidéo chrétien selon TPP

Une précision avant de démarrer ce dossier : je ne suis ni pratiquant, ni croyant d’une quelconque religion. Néanmoins, si certains propos pourront s’avérer acerbes ou moqueurs, ils ne seront dirigés qu’envers les jeux ou studios traités et en aucun cas la religion chrétienne ni aucune autre, le but n’étant pas de moquer ou juger des croyances, mais bien de parler du rapport qu’elles entretiennent avec le jeu vidéo.

Tout est parti de la découverte d’un CD-ROM sur mon lieu de travail, d’une photo et d’une malheureuse vanne. Les voies de notre rédac-cheffe étant impénétrables, me voici donc assigné à la rédaction d’un dossier sur les jeux chrétiens, alors même que le disque en question ne contenait pas un jeu vidéo, mais une série de vidéos utilisées comme support pour un cahier d’éducation religieuse. Trahison.

D’abord hilare à l’idée de tester et lister les pires trouvailles impliquant un tel article, j’ai vite découvert un univers parallèle du jeu vidéo au cours de mes recherches, qui en plus de dévoiler un catalogue bien plus fourni et surprenant que ce à quoi je m’attendais, a soulevé bien plus de questions que prévu. Pour et par qui ces jeux sont-ils faits ? Avec quelles intentions ? Mais, après avoir écumé forums, blogs et autres sites de type chrétien, la toute première question que l’on se posera finalement sera : un chrétien peut-il jouer aux jeux vidéo ?

Un bon chrétien peut-il jouer aux jeux vidéo ?

Mes pérégrinations sur l’internet chrétien m’ont finalement permis de classer trois types d’avis majeurs quant à cette question ; tout ce petit monde étant tout de même d’accord pour admettre que la Bible n’a aucun avis sur le sujet et que pour étudier cet aspect, il faut se référer à ce qu’elle pense du loisir dans sa globalité.

Trois écoles donc. Les plus hardcores refusent le plaisir vidéoludique dans son entièreté, peu importe ce qu’il montre, dit ou à qui il s’adresse ; le jeu vidéo détourne de Dieu et entraîne vers de nouveaux péchés, il est donc complètement prohibé. On peut trouver d’édifiants articles et notes de blogs à ce sujet, s’appuyant allégrement sur différents versets (plus ou moins pertinents) de la Bible et divers témoignages de pauvres pécheurs ayant goûté au fruit interdit vidéoludique, avant de revenir dans le droit chemin. De l’autre côté du spectre, les plus souples accueillent le jeu vidéo comme les autres loisirs : à partir du moment où celui-ci ne fait la promotion d’aucune idéologie moralement répréhensible ou blasphématoire, c’est carte blanche. Ces deux avis ne nous serons donc d’aucun intérêt dans ce dossier, les premiers excluant jusqu’aux jeux chrétiens, les seconds ayant une approche quasi-similaire à celle du joueur lambda.

Left Behind : Tribulation Forces

Le troisième point de vue qui se dégage est le fameux «oui et non en même temps», grand classique de toute mauvaise disserte de français ou philo, et quand bien même le livre de l’Apocalypse nous apprend que Dieu vomit les tièdes. Oui, il est possible de jouer aux jeux vidéo, mais certainement pas n’importe comment. Déjà, comme beaucoup l’expliquent, il faut que ce loisir ne prenne pas trop de place dans l’emploi du temps, cette place est pour Dieu, et si le jeu vidéo prend trop de temps, alors il devient une idole. Donc, de la parcimonie, déjà. Ensuite, pas à n’importe quel jeu. Exit bien évidemment la nudité, la violence, l’alcool et autres drogues, en bref, le vice, il faut que toutes les règles de la bienséance chère à Familles de France soient respectées. Et enfin, il serait bien qu’il soit éducatif, éducatif quant à la chrétienté serait le top, mais l’Histoire (à condition que ça aille dans le bon sens) ou la nature, c’est bien aussi. Ainsi, des titres – au demeurant pas incroyables – comme Marie-Antoinette et les disciples de Loki sur DS se voient recommandés par des sites comme famille chrétienne.

Dans cette tolérance toute relative au médium vidéoludique, on retrouve donc tout naturellement des parents et grands-parents soucieux de voir leur progéniture grandir entourée de références et objets culturels sains (à leurs yeux) et surtout respectant voire véhiculant les valeurs chrétiennes, tout en répondant à leurs envies légitimes de profiter de loisirs de leur âge et génération. Néanmoins, si l’on gratte encore un peu, on peut trouver d’autres intentions, comme ce manifeste de Bible & Jeux qui ne se cache pas un seul instant d’être parfaitement conscients de l’aspect malléable des jeunes enfants, ainsi que de leur réceptivité au jeu, et les conçoivent spécifiquement pour bourrer leurs mômes de valeurs et références bibliques. « [Les enfants] sont de véritables éponges », peut-on y lire en frissonnant, mais finalement sans grande surprise.

I am Jesus Christ. Dans le jeu hein, j’ai pas perdu la raison à ce point.

Côté créateurs et studios, beaucoup plus compliqué de détacher de véritables intentions, entre projets -très- confidentiels et évanescents et communiqués lissant le chrétien dans le sens du poil, il est assez ardu de différencier les croyants sincères voulant faire leur jeu en rapport ou selon les valeurs de la Bible, des plus cyniques comptant s’en servir comme outil d’embrigadement, ou encore des opportunistes ayant flairé le marché encore peu exploité. Certains titres dévoilent leur nature un peu plus que d’autres, mais l’on reste toujours plus ou moins dans le procès d’intention. Là où l’on peut se permettre d’être bien plus catégorique, et vous allez très vite le constater, c’est sur la qualité desdits jeux. Si leur contenu et fond peuvent varier avec une amplitude, hum, conséquente, leur réalisation est quant à elle souvent très médiocre. La faute à des budgets souvent ridicules face à des ambitions parfois d’ampleur littéralement biblique et un sérieux manque d’expérience dans le domaine, les équipes étant bien plus souvent calées et/ou concentrées sur la partie chrétienne et éducative que par ces détails que sont le fun ou le gameplay.

Aussi surprenant que cela puisse être, les prêtres, pasteurs et profs de cathé ne sont pas nécessairement de bons codeurs et game designers.

Des jeux à la mormon le nœud

Arrive la partie un peu délicate, celle où l’on parle desdits jeux. Délicate, car la grande majorité de ces titres ne sont déjà pas très bons, et qu’en parler revient globalement à s’en moquer pour leur gameplay médiocre, leurs graphismes venus d’un autre temps (quelle que soit la période, un jeu chrétien se distingue généralement par le retard technique d’au moins 5 ans qu’il accuse sur le reste de l’industrie) et leur propos religieux – parfois prosélyte – amené avec des sabots que même moi dans ma campagne profonde j’en ai pas des aussi gros. Délicate également car dans leur grande majorité, ils ne sont que des copies de titres ou genres à succès, la surcouche chrétienne en plus, le talent en moins. Ominous Horizons ? Un Quake-like chrétien. The Bible Game, un Mario Party sur l’Ancien Testament ; Left Behind, un RTS évangéliste ; Dance Praise, un Dance Dance Revolution sur des musiques chrétiennes. Et je pourrais continuer ainsi sur toute la liste des jeux à ma disposition, tant cette intention de christianiser tout ce qui a pu avoir un semblant de succès semble être le point de départ de tous ces projets, que l’intention soit réellement de procurer des jeux « moralement acceptables » aux parents très croyants pour leur progéniture (voire pour eux-mêmes) ou de se faire de l’argent sur le dos de ces mêmes personnes. Cependant, divers profils se distinguent dans cette uniformité de médiocrité et mauvais goût et il serait de bon ton d’en faire un petit panorama – après tout, je n’ai pas joué à tous ces trucs pour les garder pour moi.

Left Behind : le belliqueux

Non, je ne vais pas parler de Slipknot, mais du cas hallucinant de Left Behind, d’abord saga de DIX-SEPT romans – coécrits par le pasteur évangéliste Tim LaHaye et l’auteur Jerry B. Jenkins, adaptés en quatre films ; plus un remake avec Nicolas Cage (décidément toujours dans les bons coups) – et en une quadrilogie de RTS sur PC : Eternal Forces, Tribulation Forces, Rise of the Antichrist et World at War. Tout un programme. Et pas des moindres, puisque dès le départ, les livres sont une source de controverse et ce, au sein même de l’Église Protestante, allant jusqu’à braquer certains évangélistes.

La série Left Behind se base sur la théorie de l’Enlèvement de l’Église – The Rapture – interprétant le livre de l’Apocalypse de la Bible comme une prédiction, annonçant une fin du monde proche et promettant aux croyants – vivants comme morts – leur élévation pour rencontrer le Seigneur. Ces discours de fin des temps sont très présents chez les évangélistes chrétiens et les mormons et sont fortement soutenus par Tim LaHaye, qui en plus de sa fameuse saga, traite ce sujet dans pas moins de 85 ouvrages. Si ce discours est déjà fortement contesté en dehors des sphères eschatologiques, la série littéraire achève de fâcher en se montrant bien trop belliqueuse envers les non-chrétiens et pour qui la meilleure solution de vaincre le mal est de tuer tout le monde. Certains évangélistes iront jusqu’à affirmer que les romans ne sont pas chrétiens et qu’ils sont le rejet le plus absolu de la bonne parole du Christ. Bonne ambiance.

Left Behind Menu
Conservez un peu d’enthousiasme, on est encore qu’au menu principal

Bon et en jeu, ça donne quoi cette affaire ? Hé bien ça donne un RTS dans un monde post-apocalyptique (au sens évangéliste du terme), qui a vu les élus partir au ciel et dans lequel un courageux groupe de chrétiens revient pour botter les fesses des Global Community Peacekeepers – le gouvernement mondial mené par l’Antéchrist. Wouh ! Côté solo, on se retrouve face à un premier jeu avec une campagne de trente-sept chapitres, se déroulant tout du long dans le même environnement grisâtre et moche. À la manière des autres jeux de stratégie en temps réel qu’il prend comme modèles – sortis 5 à 10 ans plus tôt, et pour la plupart, bien plus jolis et maniables – on dispose d’un ou plusieurs héros par mission, dont la mort provoque le game over immédiat, et qui pourront, au fil de l’aventure, rallier des troupes à leur cause, pour des combats entre les armées du bien et du mal dans les rues mal modélisées de New York.

La petite touche évangéliste sympa de Left Behind se trouve dans le système incroyablement complexe et subtil de factions. Vous jouez les gentils. Ceux-ci disposent d’une barre de santé et d’une barre de foi et si l’une des deux atteint zéro, l’unité est perdue (toujours pas bien sûr d’avoir compris comment je perdais de la foi, mais j’ai remarqué qu’en faisant prier mes personnages à l’approche des forces du mal, je m’en sortais). Si l’on peut filer flingues et fusils en tous genres à nos champions, leur atout principal reste leur capacité à convertir les membres de la deuxième faction ; les neutres, ceux qui croient vaguement en Dieu, voire pas du tout ; afin de grossir les rangs de votre armée. Tout cela dans le but évident d’aller péta la dernière faction : le mal, celui qui est résolument contre le Seigneur et contrôlé par l’Antéchrist. Ces gens-là ne comprennent que le langage de la poudre et ne pourront être convertis. Belliqueux disions-nous.

Je n’ai évidemment pas tenu trente-sept chapitres, la forme étant environ aussi vomitive que le propos, mais j’ai quand même démarré la grande majorité d’entre eux, au moins pour voir si l’on avait l’occasion de parcourir autre chose que cette dizaine de rues moches. C’est non. Le tout est entrecoupé de cinématiques extraites des films originaux, qui, vous vous en doutez, ne sont pas d’une meilleure qualité ; en jeu, nos héros répètent inlassablement les mêmes répliques à chaque clic jusqu’à l’annihilation de toute santé mentale ; les rues sont jonchées de pubs des innombrables sponsors du studio (mais où est passé tout cet argent ?), les musiques ne collent à aucun moment : tout est absolument parfait.

Côté réception publique et critique, le titre s’est bien évidemment fait défoncer, pour sa très mauvaise qualité vidéoludique bien sûr, mais également pour sa misogynie prononcée et son intolérance religieuse, s’attirant de nouveau les foudres à la fois des non-croyants et des instances chrétiennes. Le studio, Left Behind Games – qui se renommera Inspired Media Entertainment après sa fusion avec Digital Praise (autre développeur de jeux chrétiens, bien plus modéré cependant) en 2011 – ira en 2007 jusqu’à exiger de plusieurs blogueurs le retrait de leur critique du jeu, ainsi que de tout commentaire négatif laissé par les utilisateurs, sous peine d’action en justice. La même année, le jeu se retrouvera dans les Freedom Packets, ces colis envoyés pour soutenir les soldats américains en Irak, mais sera finalement retiré suite aux vagues de contestation à l’encontre de la morale du jeu.

Des jeux sains pour les bonnes familles chrétiennes !

The Bible Game : le familial

J’ai testé The Bible Game en tout dernier, après toutes les incroyables purges énoncées dans ce dossier et honnêtement, je pensais juste lancer une croûte injouable de plus, attiré par les captures d’écran immondes dégotées çà et là. Et stupeur : ce dernier est étrangement jouable. Pas très bon, ni amusant ou même correct, mais le titre de Mass Media ressemble à ce que l’on peut attendre d’un jeu et parmi ses congénères finis à la pisse bénite, il fait office de petit miracle. Malgré moi, je me suis retrouvé à relancer une nouvelle partie après ma première défaite, certain de pouvoir mieux faire – comme vous pouvez le constater, mes standards ont pris un sale coup sur le museau au cours de l’élaboration de ce dossier.

The Bible Game
Chaque case renferme soit un mini-jeu, un quizz sur la Bible, une récompense de points ou la colère divine qui fera tomber le score à zéro. Dans 100% des cas, c’est nul.

Sans parler de réussite, on peut au moins considérer que The Bible Game n’est pas un échec complet et cette prouesse ne tient qu’en une seule explication : le jeu provient d’un studio ayant déjà travaillé sur d’autre projets, est constitué de personnel expérimenté et un tant soit peu compétent et n’est pas revendiqué comme chrétien, ce qui me laisse supposer que leur intention, avant de proposer un contenu religieux, est surtout de proposer un jeu. Ce qui changerait un peu la donne.

Surtout qu’il ne s’agit pas de n’importe quel studio. Mass Media Games a déjà plus de quinze ans d’expérience dans le milieu au moment de la sortie de The Bible Game, ayant d’abord officié chez Philips pour la CD-i, Time Warner Interactive jusqu’à la fermeture de leur branche, puis comme indépendant, ayant à leur actif quelques curiosités comme la version Nintendo 64 de Starcraft, quelques jeux Pac-Man ou Shrek Super Party sur GameCube, PS2 et Xbox. Le milieu voire fond du panier donc, mais tout cela reste malheureusement bien supérieur à ce que les jeux estampillés chrétiens ont pu nous proposer. Ces derniers seront par la suite rachetés par THQ, pour lesquels ils assisteront au développement de Saints Row 2 et Darksiders, puis par Sony, pour lesquels ils développent toujours actuellement.

Rangez votre enthousiasme, The Bible Game nous colle dans une émission télé ayant pour thème l’Ancien Testament, se résolvant à coup de quizz bibliques et minis-jeux stupides. Clairement quelqu’un est passé par là avec la liste des gameplays possibles pour un party game et tout le studio y est allé de sa suggestion pour les faire entrer au forceps dans différents épisodes de la Bible. Le mini-jeu de course ? Hop, on colle ça sur les murs de Jéricho. Le surf, c’est pour Jonas et la baleine ; le jeu de poursuite dans un labyrinthe c’est pour les chrétiens poursuivis par les lions (quel bon goût) ; le memory c’est pour les animaux de Noé ; le tape-taupe c’est pour les serpents du Pharaon et bon, vous avez saisi, c’est hautement crétin. C’est crétin et c’est comme à l’accoutumée terriblement laid et accompagné d’une bande-son pop rock chrétienne qui réussit l’exploit de ne jamais aller avec ce qu’il se passe à l’écran. De temps en temps, un joueur se mange la colère divine sur la tronche et perd tous ses points dans une invasion de sauterelles ou de grenouilles.

The Bible Game verset
Le jeu fait ce qu’il peut pour avoir l’air éducatif, mais la vérité est que juste après on court partout pour faire tomber des lions dans des pièges.

Sauf que voilà. Aussi stupide et moche qu’il puisse être, The Bible Game est franchement jouable et les minis-jeux s’enchaînent de façon pas si désagréable que ça et si ce n’est clairement pas un bon jeu, ni le fond, ni le propos, le gameplay ou le contenu ne sont effroyables. Ça ne va jamais plus loin que « on colle un calque biblique sur une mécanique déjà existante », mais celles-ci ont au moins été copiées correctement. C’est dire le niveau global, mais c’est très probablement le jeu chrétien le moins pire qu’auront pu avoir à offrir les parents et grands-parents à cette période. Petits chanceux.

David Rise of a King : l’ambitieux

Prenez deux frères jumeaux évangélistes, qui, bien conscients de la qualité effroyable des jeux vidéo chrétiens, fondent le studio TornadoTwins Games – et qui avant ça faisaient des vidéos et séminaires pour enseigner la programmation et la composition de dubstep (??) – avec en tête l’idée d’adapter la Bible et d’en faire un bon jeu, prenant comme thème pour le premier opus David et Goliath. Ajoutez-y la promesse d’un jeu épique, de quelques artworks honnêtement pas si dégueux, du soutien de quelques acteurs de l’industrie vidéoludique et de la collaboration avec historiens, linguistes et archéologues, pour écrire et faire doubler leur jeu en hébreux. Touillez le tout avec un Kickstarter réussi de 47 000$, promettant les trois premiers épisodes de la saga pour juillet 2015 et vous obtenez : une alpha gratuite toute pétée et présentée comme le premier épisode en février 2017, puis plus aucun signe de vie. Oups. J’avoue y avoir cru quelques minutes.

David Rise of a King Menu
La déconfiture – Fig. 01

Ces quelques minutes ont correspondu à la vidéo de présentation mettant en scène les deux frères eux-mêmes, expliquant le principe de The Bible Videogame – renommé depuis David : Rise of a King – et demandant plus de thunes pour faire la suite. Ensuite on ne va pas se mentir : tout s’écroule. Menu principal fumé, musique si dégueulassement compressée que j’ai mis quelques secondes avant de déterminer si ce que j’entendais était un chant de femme ou de la flûte à bec, graphismes et textures une nouvelle fois venus d’une autre époque et gameplay antédiluvien. Cette fois-ci on aborde la plateforme en 2.5D, car, du quasi-aveu des frangins, le monde ouvert à la Skyrim initialement prévu s’est révélé bien trop compliqué, mais au vu du résultat, ça aussi c’était trop compliqué. C’est un picross qu’il fallait faire à ce stade, ça aurait au moins fait plaisir à Murray et Fanny.

David fait donc des trucs indignes d’une gameboy, saute sur des plateformes et pousse des chariots, dans des décors indignes d’une PS2. Malgré l’arnaque au financement participatif qu’est ce projet, j’ai failli me sentir un peu triste devant l’échec si spectaculaire de l’affaire, en contraste total avec l’implication que semblait avoir demandé le développement aux deux jumeaux, visiblement dépassés par leurs propres ambitions. Puis j’ai été confronté à la première énigme, et je me suis souvenu que j’étais face à un projet mené et écrit par deux évangélistes, donnée que toute cette mascarade avait réussi à me faire oublier. La première énigme donc, demande à David de mettre le feu au chariot qu’il pousse, pour propager un incendie à un échafaudage, et ainsi détruire les idoles d’une autre religion. « Si je peux les casser, alors ce ne sont pas de vrais dieux, n’est-ce pas ? », conclut David. Suite à ça je l’ai fait tomber du haut de sa plateforme, si je peux te casser les jambes, alors elles ne sont pas réelles, n’est-ce pas ? Non mais.

David Rise of a King
J’aurais préféré, mais non, je n’invente rien. Et oui, j’ai passé le jeu en fenêtré, car c’est une merveille d’optimisation.

Plusieurs bugs de collision bloquants, un bouton « Charger le dernier checkpoint » qui ne fonctionne pas, des problèmes de physique un peu partout et une énigme débile plus tard, David rejoignait les autres titres de cette sélection dans ma corbeille à mauvais jeux. Pas si dommage finalement. Et puis tombe la dernière révélation, qui rend tout simplement caduque la question de la qualité du jeu, mais qui explique néanmoins pourquoi le développement n’a pas bougé d’un iota depuis la démo de février 2017. Le point final de ce projet foireux se trouve être l’arrestation de l’un des deux jumeaux pour pédophilie, suite aux plaintes de deux familles du ministère de l’Église de Saddleback, église évangéliste baptiste basée à Lake Forest et dont font partie les TornadoTwins.

« Donc les mecs sont des jumeaux de gauche, enfants de pasteur, qui font très sérieusement un jeu sur la Bible et l’un d’entre eux a été arrêté parce que c’est un pédophile, seems christian enough. », m’a-t-on répondu sur le Discord et ceci résume parfaitement cette sale histoire.

Quelques miettes d’Ostie

Je n’ai évidemment pas essayé que trois jeux dans mes recherches, mais soyons sérieux deux minutes : peu d’entre eux méritent qu’on s’y attarde. Il serait cependant dommage de ne pas vous faire profiter de tout ce savoir.

  • Bible Adventures. Difficile de passer à côté de celui-ci, il fait aisément partie des jeux chrétiens que l’on pourrait qualifier de célèbres, ayant déjà été un – petit – succès commercial à l’époque en se vendant dans les librairies chrétiennes, mais a surtout connu son petit quart d’heure de gloire avec d’autres croûtes du même acabit quelques années plus tard sur un YouTube encore balbutiant. Quelques particularités tout de même : Bible Adventures fait partie de ces jeux à qui Nintendo a refusé une licence pour sortir sur NES et contourne donc la sécurité de la puce 10NES pour tourner. La bonne parole est au-dessus de la loi. Enfin, en plus des versions disponibles sur PC et Mega Drive, on notera avec plaisir qu’une suite à Noah’s Ark – l’un des trois minis-jeux de Bible Adventures – sobrement baptisée Super 3D Noah’s Ark, sortira quelques années plus tard en utilisant le moteur de Wolfenstein 3D.
  • Catechumen et Ominous Horizons. Deux FPS chrétiens, deux copies éhontées de Quake et parmi les plus grosses productions de jeux chrétiens, puisque Catechumen aura coûté 830 000 $ à son développeur N’Lightning Software et Ominous Horizon 1,6 million de dollars et la fermeture du studio suite aux faibles ventes. Le premier nous place dans la peau d’un jeune chrétien dégommant Satan et ses démons dans la Rome Antique en tirant des boules de feu avec son épée pour retrouver son mentor ; le second dans celle de l’assistant de Gutenberg, dégommant Satan et ses démons en tirant des boules de feu avec son épée pour retrouver la Bible volée. C’est bien évidemment mou et moche.

    ominous horizons monstre
    Ominous Horizons : ses monstres de boue, son épée enflammée, ses versets de la Bible comme trousses de soin.
  • Dance Praise et Guitar Praise. Peu de choses à dire de ce côté car malgré tous mes efforts, je n’ai pas réussi à me les procurer, mais il fallait que vous soyez mis au courant de leur existence. Les deux titres sont développés par Digital Praise, qui fermeront suite à leur rachat par Left Behind Games et sont deux clones de Dance Dance Revolution et Guitar Hero, proposant environ toutes les musiques chrétiennes du monde dans leurs playlists, du rock au hip hop en passant par tous les autres styles. Si l’on peut supporter ce genre de musique, il semblerait que les titres soient décents, au vu des différentes critiques trouvées, et contrairement à ce que laissent présager leurs bandes-annonces.
  • Walls of Jericho. Le fond du fond du panier, c’est un match 4 flingué essayant vaguement de justifier son aspect chrétien en collant des pouvoirs divins. C’est réellement sans intérêt, mais c’est le premier titre que j’ai testé pour ce dossier et j’en garde un souvenir ému, à défaut de l’avoir gardé sur mon PC. À noter que je l’ai désinstallé avant d’avoir atteint la limite de temps de la version gratuite, et que son installation a affolé mon antivirus. La vie de rédacteur est périlleuse.

    walls of jericho
    Walls of Jericho
  • Les jeux mobiles et navigateur. Si l’on épluche les listes de jeux chrétiens, on remarque que sur les dernières années, hormis le récemment annoncé I Am Jesus Christ, la production vidéoludique chrétienne a majoritairement migré vers le jeu mobile (impossible de compter ne serait-ce que le nombre de titres gratuits parlant de la Bible disponible sur les Play Store et Apple Store) et navigateur (les plus courageux.ses pourront aller faire un tour sur Facebook et tester Journey of Jesus : The Calling, ou lancer Unwind), ces productions se révélant bien moins coûteuses pour les studios. Nul besoin de préciser que la qualité globale reste cependant la même.
  • Les jeux de société. Le Mille Bornes de la Bible existe. Pardonnez ce hors-sujet, mais j’ai gardé ce secret bien trop longtemps : il se trouve que ma grand-mère paternelle possédait ce jeu, et nous infligeait des parties interminables, sortant la Bible pour compléter et contextualiser les versets écrits sur les cartes. Étrangement, le jeu ne ressemble même pas au vrai jeu du Mille Bornes, et réussit l’exploit d’être encore plus long et ennuyeux. Dans mes recherches, j’ai également découvert l’existence des Infiltrés, jeu de cartes qui propose de rejoindre une réunion de prière clandestine dans un pays qui persécute les chrétiens, au risque d’être arrêté et emprisonné.

    1000 bornes de la bible
    Personne n’en a rêvé, mais le voici !

Jeu vidéo et Mythologie Chrétienne

Il en est enfin un dernier type de jeu que j’aimerais aborder : celui du jeu non-chrétien, mais abordant la Bible comme une mythologie et utilisant des aspects de la religion chrétienne pour construire son univers, de la même façon qu’un God of War puise ses influences dans les mythologies grecques et nordiques ou Asura’s Wrath avec la religion bouddhiste.

On trouve d’une part des licences comme Darksiders, Diablo ou Devil May Cry, qui s’inspirent très librement d’aspects bibliques ou d’ouvrages religieux – La Divine Comédie de Dante Alighieri faisant partie des plus repris – et ne les utilisent pas tant pour leur portée religieuse et spirituelle que pour leur forte présence culturelle. Difficile – au moins en Europe et aux États-Unis – d’être passé à côté des représentations de l’Enfer chrétien ou des sept péchés capitaux et se servir de ces éléments garantit une compréhension rapide de l’univers, quitte à ensuite l’arranger à sa sauce. L’autre avantage de passer par ces thématiques est bien entendu le côté visuel, l’art religieux étant un pan difficilement négligeable de notre culture et reprendre ses codes, comme peuvent le faire Diablo ou Darksiders avec leurs environnements et esthétiques résolument gothiques, assure généralement une patte visuelle réussie, quand les casser permet aux artistes et auteurs de s’approprier un univers presque universellement connu.

En plus des esthétiques, cette interprétation de la mythologie chrétienne peut passer par le gameplay, comme avait pu le faire Visceral Games dans le plutôt moyen – mais néanmoins intéressant – Dante’s Inferno. D’un point de vue d’esthétique et de level design, placer le jeu dans l’Enfer chrétien assurait déjà une bonne base – quoi que… – mais a permis aussi d’adapter le gameplay en conséquence ; tant du côté du combat, qui proposait deux voies, la violence de la faux ou la purification par la croix, jusqu’aux coups finaux : exécution ou absolution ; que des mécaniques de chaque niveau, boss et ennemis, en rapport avec le péché capital ou cercle de l’Enfer auxquels ils sont liés.

Enfin, et pour contraster un peu avec cette bigoterie, il est bien beau de prendre la Bible comme décor, voire d’en piquer des bouts pour son gameplay, univers ou level-design, mais il arrive également que ce soit pour la critiquer. C’est le cas notamment de The Binding of Isaac, qui, non content de présenter la mère croyante d’une bien négative façon dès la cinématique d’intro, s’évertue à rendre la religion chrétienne très peu reluisante, de par son esthétique franchement dégueu, mais surtout via les effets des reliques récoltées par notre cher Isaac, le défigurant un peu plus à chaque fois. La même puissance divine qui appelle sa mère à l’assassiner le rend monstrueux. De même, Blasphemous et son ambiance d’Espagne médiévale et Inquisition en retranscrit autant les percepts dans son univers – montrant punitions, forte ferveur religieuse et personnages rendus déments – que dans son gameplay, basant l’utilisation des pouvoirs sur la souffrance et l’auto-mutilation du personnage principal.

Je ne me doutais absolument pas de la boîte de Pandore que je m’apprêtais à ouvrir en démarrant mes recherches sur les jeux chrétiens et honnêtement, si je regrette chaque jeu installé sur mon PC, je regrette beaucoup moins les découvertes et histoires qui gravitent autour de cet univers parallèle chelou et médiocre du jeu vidéo, entre arnaqueurs, cathos, mormons, évangélistes et autres extrémistes religieux, parents soucieux et criminels. Évidemment très loin d’être exhaustif, ce dossier aura au moins tenté de faire un tour de ce à quoi peut ressembler le jeu vidéo chrétien et les gens qui les font. En espérant ne pas vous avoir donné envie de les tester par vous-mêmes, je vous libère et vous souhaite quand même de bonnes fêtes.

Shift
Shift

Camélidé croisé touche de clavier et militant pro-MS Paint. J'aime les jeux indés à gros pixels, les platformers sadiques et les énigmes.

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