Sam & Max : Beyond Time and Space Remastered – Retour vers le passé

Il y a un an, le remaster de Sam & Max Save the World enthousiasmait Shift et lui donnait l’occasion de se pencher sur la saga. Cette année, juste à temps pour Noël, Sam & Max reviennent dans une version remastérisée de Sam & Max : Beyond Time and Space dans une aventure qui les mènera du pôle Nord en enfer.

Je n’avais jusque-là pas eu l’occasion de m’attaquer à l’univers de Sam & Max et j’étais ravie d’enfin l’avoir, d’autant qu’on m’avait promis de la topiaire et sur ce point, je n’ai pas été déçue. Je n’ai pas non plus été déçue par le jeu qui, avec sa nouvelle esthétique cartoon très colorée, se révèle très agréable. Le gameplay minimaliste (un inventaire, des objets à cliquer, des dialogues et rien de plus) est efficace et fluide et les puzzles relativement logiques ne nécessitent pas de recourir à la solution toutes les trois secondes. Mais si j’ai passé un bon moment, les cinq épisodes de Sam & Max m’ont également amenée à m’interroger sur la pertinence d’un remaster et plus généralement sur la place du jeu en 2021.

Sam & Max s’offrent un lifting

Comme dans la saison 1, les plus gros changements sont visuels et sonores. Plus cartoon et plus colorée, cette version est aussi plus moderne sans pour autant trahir son design d’origine, ce qui s’explique par le fait que l’équipe s’est basée sur les dessins originaux de Steve Purcell. Certaines scènes ont été rejouées pour les dynamiser un peu, mais du point de vue du scénario et des dialogues, rien n’a été changé.

Capture d'écran Sam and Max - Max n'aime pas les dieux omnipotents.
Max, un mood constant.

Seul le personnage de Bosco a, comme dans la première saison, été recasté (il était à l’origine doublé par un acteur blanc imitant « un accent noir »). Le casting vocal est d’ailleurs très convaincant et la bande sonore qui a été retravaillée est de bien meilleure qualité. Quelques options d’accessibilité ont été ajoutées : la possibilité de désactiver les effets lumineux et de rendre les mini-jeux optionnels. Le jeu peut également se jouer à la souris, à la souris + clavier ou à la manette. Le système qui permet de gagner des autocollants pour la Desoto (le bolide de Sam et Max) a été rendu plus flexible (à l’origine il n’était possible d’en gagner que lors d’un seul épisode). Un système d’indices est également activable dans le menu et la difficulté des mini-jeux décroit au fur et à mesure des échecs. Quelques nouvelles pistes musicales ont été ajoutées pour varier un peu les musiques. Les développeurs ont listé tous les changements apportés aux jeux ici et ici. Le résultat est un jeu fluide, agréable à jouer et à regarder, et celles et ceux qui ont déjà fait le jeu lors de sa sortie ne seront pas perdus.

Sam & Max se prennent les pieds dans le tapis

Comme je le disais en intro, j’ai passé un bon moment en y jouant et je ne ferais même pas semblant de prétendre le contraire. Plusieurs fois j’ai ri aux éclats et me suis émerveillée de la traduction sur laquelle je reviendrais, mais je me suis aussi surprise à vérifier la date de sortie, m’attendant davantage à tomber sur les années 1990 que sur les années 2000 et ce n’est pas vraiment une bonne nouvelle. Je ne vais pas épiloguer sur la validité de l’humour noir qui caractérise la saga Sam & Max et il est en grande partie bien manié ici. Les blagues sur la géopolitique, les spams et le système de santé américain font mouche et même parfois un peu grincer des dents tant le monde semble avoir stagné pendant 13 ans.

Capture d'écran Sam and Max - Sybil Pandemik
Vous l’aurez appris ici, les Canadiens sont des ingrats.

Cependant, l’accumulation de blagues, références et gags fatigue un peu à la longue, surtout que cela ne fait que rarement avancer l’histoire. Je me suis régulièrement retrouvée tiraillée entre le FOMO (Fear Of Missing Out) à vouloir cliquer sur tout pour ne rien rater et l’envie que l’histoire avance, enfin. Le format épisodique permet d’alléger un peu la fatigue (une étude non sourcée prescrit un épisode maximum par jour). Mais ce n’est pas ce qui m’a gênée, même si certaines références sont un peu vieilles et auraient pu être réactualisées. Ce qui m’a gênée, c’est que le jeu souffre par moment de paresse et d’un manque d’inventivité qui le fait recourir à des clichés éculés et gênants et le temps qui passe n’excuse pas tout. Les Sea Chimps de l’épisode deux et Jurgen l’antagoniste principal de l’épisode trois illustrent parfaitement ce problème. Tous les personnages de Sam & Max, héros inclus, sont globalement bas de plafond et complètement barrés, c’est un fait, mais les Sea Chimps se caractérisent par un faciès simiesque, une dévotion aveugle et bigote à un dieu fabriqué et une naïveté abyssale doublée d’une grande agressivité qui rappelle de façon malaisante des caricatures racistes. Pour ne rien améliorer, ils parlent avec un fort accent qui mélange l’anglais des Caraïbes et du pidgin. C’est éculé et, au mieux, maladroit et 2007, ce n’est pas 1950, ou pour le dire plus clairement, l’âge du jeu n’est pas du tout une excuse.

Capture d'écran Sam and Max - Max et les chimpanzés marins
Entre humour noir et caricature raciste, la ligne est fine.

Le troisième épisode vient rajouter une dose de malaise avec Jurgen. Jurgen, le vampire allemand gothique aux tendances BDSM, est ridicule et pathétique. En soi pourquoi pas, seulement ce qui le rend en partie ridicule, c’est son côté efféminé, ce qui est souligné par plusieurs blagues lourdingues sur le sujet. D’ailleurs, tous les autres personnages masculins de la série sont certes globalement idiots, mais aucun, à part Jurgen, qui s’avère être méchant, n’est queercoded. Si honnêtement je ne trouve même pas ça offensant à ce stade (mais je ne suis pas non plus tellement concernée), c’est navrant de paresse et d’autant plus frustrant que le jeu montre à quel point il sait faire mieux. Max le lapin psychopathe fait à la fois des blagues sur la possibilité d’agrandir son pénis et son horloge biologique qui se réveille à la vue de bébés trop mignons sans que cela ne rende le personnage ridicule. C’est dommage, surtout lorsque l’on sait que le remaster de la première saison avait remanié quelques dialogues et doublages pour éviter ce genre d’écueils. Entre ça et les références parfois vieillies, je me suis demandée si ce remaster allait réussir à toucher un autre public que les fans de la série et les milléniaux nostalgiques biberonnés aux point and click des années 1990 et 2000.

Sam & Max au-delà des barrières culturelles

Si malgré cela, j’ai passé un bon moment, je le dois en partie à la localisation de Sam & Max et j’avoue que ce n’est pas quelque chose à laquelle je m’attendais. J’ai longtemps fait partie de ces effroyables plaies qui ne jurent que par la VOST. Mais Sam & Max m’a mis un taquet derrière les genoux et rappelé que restituer l’ambiance et le ton du jeu et permettre au plus grand nombre d’en profiter, c’est une très bonne chose, n’en déplaise aux grincheux.

Catpure Sam and Max - Abe Lincoln

Le jeu accumule à une allure effrénée les jeux de mots et références culturelles et si certains sont très compréhensibles, d’autres sont vraiment obscurs pour un public non étasunien. Les sous-titres qui adaptent les blagues inaccessibles à une majorité du public francophone permettent d’en saisir le sens général et donc de profiter de ce qui fait vraiment le sel de Sam & Max : ses dialogues. La première scène de dialogue entre les protagonistes et un robot géant destructeur et philosophe illustre parfaitement cela. Si l’on connaît assez bien Karma Chameleon de Culture Club et Let’s get physical d’Olivia Newton-John, il est possible que ce ne soit pas le cas de Why Do Fools Fall in Love de Frankie Lymon et j’aurais probablement moins ri si la traduction s’était contentée de garder cette référence au lieu de faire demander au robot ce que deviennent les valses de Vienne et de le voir citer Jean-Pierre François.

Capture d'écran Sam and Max - Dialogue avec le robot destructeur
Je l’ai dans la tête, vous l’avez dans la tête y a pas de raison.

De ce que j’ai pu lire, la version d’origine bénéficiait d’un doublage en français, mais de piètre qualité audio et il semble que cette nouvelle version n’ait pas été l’occasion d’investir dans une nouvelle version. Ils ont donc préféré utiliser les sous-titres d’origine et ça marche très bien. J’ai joué avec l’audio en anglais et les sous-titres en français et me suis souvent émerveillée des astuces déployées pour trouver la bonne équivalence, compréhensible par le public cible, sans trahir l’original. Je n’ai malheureusement pas pu trouver qui est responsable de cette localisation, mais j’espère qu’ils n’ont pas perdu son numéro de téléphone.

Sam & Max : Beyond Time and Space a été testé sur PC via une clé fournie par l’éditeur.

Sam & Max : Beyond Time and Space est un point and click solide, drôle et dynamique qui, en privilégiant la quantité de blagues par rapport à la qualité, dilue souvent un peu trop l’action et souffre de paresses scénaristiques parfois limites. Il plaira sans aucun doute aux amateurs d’humour noir, de point and click et aux fans de la série, mais on regrette un peu que le remaster n’ait pas été l’occasion de retravailler certains aspects pour le rendre plus pertinent en 2021.

Le Bon

Un point and click efficace

Une très bonne localisation

Un humour noir généralement bien manié

Le Pas Bon

Une accumulation de gags et références qui délaye inutilement l'intrigue

Des références parfois datées et peu accessibles

Certains personnages à la limite de la caricature raciste ou homophobe

BatVador

Traductrice ascendante topiaire qui aime les city builders, les dystopies et les jeux avec des gens déprimés dedans.

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