On est allé voir Rugby 18 : Un titre prometteur mais incertain

On est allé voir Rugby 18 : Un titre prometteur mais incertain

Le rugby n’a jamais eu la cote dans le monde vidéoludique. Si un nombre conséquent tout de même de jeux sont sortis depuis le début des années 2000, jamais ce sport n’a réussi à faire vendre ces produits par palettes entières, comme le fait un FIFA par exemple. Pis, depuis Rugby 08, dernier titre de ce sport édité par EA, les jeux sur l’ovalie n’ont jamais su non plus trouver et garder une certaine qualité. Aimant le rugby plus que tout autre sport, je me suis toujours senti un peu abandonné par ce milieu dans le jeu vidéo. Certes, comme dit plus haut, EA nous a gratifié de titres d’une qualité certaine, mais j’étais encore assez jeune à cette période, et mon amour pour ce sport n’était pas encore aussi grand. En clair, je m’en foutais.
Après un certain nombre de titres à la qualité vraiment pas fameuse, dont certains ont même été édités par Big Ben, voici qu’arrive bientôt Rugby 18. J’ai pu aller le voir mardi soir à Paris et discuter avec Jean-Georges Levieux, directeur de la production du jeu chez Eko Software. Le résultat de cette première approche : mon envie d’un titre de rugby qui tient la route pourrait bien être enfin satisfaite, avec quelques réserves tout de même.

Tenir plus de 80 minutes

C’est à Eko Software que Big Ben a demandé de gérer ce Rugby 18 depuis un peu plus de deux ans. Eko reprend donc le flambeau après une précédente collaboration houleuse entre l’éditeur français et HB Studios. Une première dans le monde de l’ovalie pour les membres de ce studio parisien qui a déjà fait ses armes dans le sport avec des jeux de handball notamment.

Première chose ressortant de mon long entretien avec Jean-Georges Levieux : les développeurs du studio sont conscients de la difficulté de produire un tel soft. Difficulté au niveau du gameplay, game design d’une part et difficulté aussi de trouver le public, de s’adresser à lui, et le faire rester sur le jeu le plus longtemps possible. « Que le joueur reste le plus possible fait partie de nos fondamentaux lorsque nous avons réfléchis au titre. Comment éviter que le jeu ne tombe vite en désuétude et soit déserté ? Plusieurs facteurs sont importants, et cela passe notamment par le contenu que nous proposons. »
Rugby 18 possède donc cinq modes de jeu, assez inhérents finalement aux jeux de sports mais avec des twists. Outre les traditionnels modes de matchs amicaux et de carrière, Rugby 18 propose un mode championnat permettant de vivre une saison entière aux commandes de son club préféré, au choix parmi 4 ligues : Top 14, Pro D2, Pro 14 et Premiership. « Les licences sont un autre facteur d’importance pour attirer le public. Celui-ci préfère jouer avec des joueurs qu’il connaît et avec son club de cœur. Big Ben a aussi réussi à nous obtenir les licences pour des équipes nationales comme la Nouvelle Zélande, la France, le Pays de Galles, les Fidji, l’Australie, l’Afrique du Sud, l’Ecosse ou encore l’Italie. Malheureusement, il nous manque l’Irlande pour qu’on soit au complet pour faire les 6 Nations. »

« Le but de ce Rugby 18 est de poser les bases pour de futurs titres »

Enfin, le mode My Squad permet au joueur de composer son équipe de rêve en achetant les meilleurs rugbymen du monde avec des squad points. Dit comme ça, rien d’extraordinaire. Mais c’est ici que Eko joue intelligemment pour faire rester les joueurs sur le titre. Ces squad points s’obtiennent de partout dans le jeu : Lorsqu’on fait un match basique, lorsqu’on est en mode carrière, en répondant à des questions pendant les temps de chargement ou même lorsqu’on effectue une belle action en match comme un bon cad deb des familles qui brise les genoux de l’adversaire.

Une composante de farm s’ajoute alors dans ce jeu de sport, pour celles et ceux qui désirent arriver à l’équipe ultime, qui mettra tous ses opposants par terre avec de jolis 60-0. Sachant que le joueur le plus fort du jeu (Le néo-zélandais Bauden Barrett selon les dernières statistiques récupérées par le studio) est à 200 000 points, il va falloir passer du temps sur Rugby 18 pour espérer l’avoir enfin dans son XV de départ ou en remplaçant si on est assez fou pour oser y mettre Barrett. Autre point pour faire rester les joueurs, Eko proposera chaque semaine des défis avec squad points à la clé, souvent liés à l’actualité du milieu (Par exemple, cet automne, la Nouvelle Zélande se déplace à Lyon et à Paris pour affronter le XV de France. Un des défis pourra donc être à cette période de refaire le match). Sur le papier en tout cas, la proposition est alléchante.

La muscuuuuu… du cerveau

Rugby 18 d'Eko Software

Bon je ne vous lasse plus avec ces détails que vous pourrez de toute façon retrouver dès le lancement du jeu. Après toutes ces explications donc, nous avons enfin lancé une partie. Moi qui croyais que j’allais pouvoir tout de suite me mettre dans le bain d’un match de haut niveau entre la France et l’Australie et mettre des culs à ces wallabies avec mon petit Rémy Lamerat facilement, la réalité fut toute autre. Jean-Georges commence à m’expliquer les touches et le gameplay de ce Rugby 18. Croyez-le ou non, il y en a eu pour 20 minutes.
Je ne vais pas vraiment m’étendre sur l’utilisation de la manette et des touches. Ce qui m’a surtout frappé, c’est la profondeur générale du gameplay offert par ce Rugby 18. On se rend compte finalement que l’on a plus affaire à un jeu orienté simulation plutôt qu’arcade. Pour correspondre le plus possible à la complexité du rugby tout en convenant à la fois aux débutants et aux confirmés, Eko Software a décidé d’inclure un gameplay à deux niveaux.

Concrètement, en jeu, il est possible de plaquer le porteur de balle avec une touche. Si un de nos joueurs contrôlés par l’IA est assez proche pour plaquer (un petit cercle autour de ses pieds indique la probabilité de réussite du plaquage), celui-ci effectue l’action tout simplement. Idéal pour un débutant ou pour se faire au jeu. Lorsqu’on acquiert un peu plus de bouteille, il est possible d’utiliser cette fois le stick droit. Selon la position vers laquelle nous inclinons le stick, le plaqueur effectuera son action en conséquence. Si la position du stick est mauvaise par rapport à l’adversaire, le plaqueur se retrouvera à faire une action dangereuse comme un plaquage cathédrale ou un plaquage haut (ici le feedback est très sympa, sur mon premier cathédrale, j’ai réagis comme devant ma télé avec un « Ouuuuuh ! Ça doit faire mal »).

Manette en main, je peux dire que ce n’est pas facile au début de jouer avec ce stick, il vaut mieux s’en tenir au bouton de plaquage. J’ai pris un exemple parmi tant d’autres, tout cela pour dire que Rugby 18, par son gameplay complexe à base de touches diverses, peu intuitives et de combos (RB puis LB permet de faire une chistera), demandera un apprentissage sérieux pour enfin être capable de réaliser de beaux matchs, moins brouillons et plus construits.

« La vie est trop courte pour comprendre le rugby… » : B.O.

Le souci que j’ai pu voir pour le moment, et là où je m’inquiète un peu du coup, c’est sur la fluidité des parties. J’ai senti une certaine lourdeur au niveau des joueurs (qui ressemblent assez bien aux vrais mais qui ont un peu tous le même gabarit malheureusement, genre Baptiste Serin a l’air de faire 90kg au lieu de ses 50kg tout mouillé [je rigole]) combinée à une réaction trop rapide de l’IA, m’empêchant d’enchaîner plus de deux passes sans me faire intercepter. A côté de cela, le ballon a eu l’air aimanté aux joueurs, ne possédant pas sa propre physique. On a du coup un peu de mal à le suivre. Même soucis pour les plaquages : le plaqueur, même à 3 mètres du porteur de balle, va se téléporter dans les jambes de ce dernier et le faire tomber. Tous ces problèmes semblent liés à la volonté des développeurs de trouver un juste milieu entre le réalisme d’une simulation de rugby et le gameplay fonctionnel au mieux.

« Avoir une qualité visuelle minimum est très important pour attirer les joueurs. Nous sommes satisfaits de ce que nous avons produit avec nos moyens. »

Finalement, en voyant ces défauts, j’ai pris conscience de la difficulté de créer un jeu de rugby et de le vendre aujourd’hui. Le monde de l’ovalie est tellement compliqué par rapport à d’autres sports populaires comme le foot, que sa retranscription dans un jeu vidéo n’est pas une mince affaire.
« Les règles du rugby sont en plus un calvaire à retranscrire. Chaque ligue, chaque pays, a ses règles particulières dont il faut tenir compte et qui changent tout le temps. Il faut non seulement en tenir compte mais vérifier en plus qu’elles peuvent s’inscrire autour du gameplay que nous avons construit. Pour faire plus simple, nous avons établis les règles du jeu selon celles de World Rugby (équivalent de la FIFA au foot) qui statue sur les règles mondiales. Cela ne nous a pas empêché de vivre il y a quelques semaines le changement total du système de la Pro 14. Nous avons donc du tout refaire (règles, nombre d’équipes car ils sont passé de 12 à 14 etc). »

On sent une réelle motivation et envie de la part des développeurs d’Eko, de nous proposer un jeu de rugby complet, accessible mais possédant ses particularités propres, qui le démarqueront du paysage existant, notamment représenté aujourd’hui par Rugby League Live, des australiens de Big Ant Studio…bon, même si c’est du rugby à XIII ici. Big Ben semble vraiment vouloir s’investir dans ce sport et Eko est déjà en train de regarder vers le prochain titre, qui ne sortira très probablement pas l’année prochaine (peut-être pour la Coupe du monde en 2019 ?). Bien évidemment, on ne va pas juger un titresur les intentions de ses créateurs mais cette première approche a entraîné en moi une petite hype pour un jeu qui ne sera certainement pas parfait. Eko aura-t-il donc droit à une belle troisième mi-temps ? Rendez-vous le 27 octobre sur Xbox, PS4 et PC pour la réponse.

Mince… J’ai oublié de demander s’il y aura de la bagarre… #LesValeurs

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Noodles
Noodles

Rédacteur en chef - Faire des jeux de mots c’est mon dada. Et aussi écrire sur le jeu vidéo, bien évidemment. Oh, n’importe quel jeu, tant qu’il me fait de l’oeil je passe outre son genre. C’est aussi ça vivre en 2017.

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